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Doc Geo est un de mes plus vieux amis. Je n’ai pas besoin d’un disque pour parler d’un ami. Et si la suspicion de complaisance vous envoie à une écoute méfiante, j’aurais préféré ne pas le connaître.

Je m’adresse d’abord à lui :

Alors mon ami, on s’est un temps perdu de vue et j’ai pourtant suivi tes sorties, parfois de près (The endless thanx list), parfois de loin. Quand Specific m’a confié ton vinyle, j’étais heureux de te retrouver sur ce support, toi qui as toujours bidouillé dans ce que la mode a dorénavant étiqueté vintage. Ça n’avait pas de nom pour toi, t’aimais simplement ce qui te rappelais ton enfance. Tu en es toujours à mariner dans tes souvenirs, dans une rétrospective et tu cherches à recréer cet univers terrassé par les lotissements en créant la bande son d’une diapositive perdue. Tu es un vrai avatar de notre génération de trentenaires, les plus jeunes vieux de l’histoire.

J’apprends à te redécouvrir à travers les sillons maintenant que tu ne fais plus que de la musique, ce qui s’entend dans la mise en place. En participant à nombre de groupes (dont Yellow King, Twin Pricks, Poincaré…) tu as aiguisé ta lame.

Et aujourd’hui tu nous fais l’inventaire de tes obsessions en invoquant Sparklehorse en train de se prendre pour un Wailers qui écoute Sonic Youth jammer avec Mugison.

Autre fait notable, depuis le temps t’as bu beaucoup de whisky et fumé des champs de tabac entier. Résultat, tes tics vocaux se sont aujourd’hui ornés du charme que confère les fûts en chêne au Jack Daniel’s. Ça s’appelle le caractère. Ta voix a trouvé sa voie.

Maintenant c’est à vous que je parle :

Sa liberté foutraque n’est pas celle d’une ambition artistique car le doc est un artisan. Façonné par la vallée de l’Orne et de la Fensch, les nuits qui colportaient les odeurs des activités sidérurgiques. Ces mêmes usines qui semblaient nous dire alors que nous étions gosses « dans 10 ans tu seras à moi ». Nos mères regardaient ces monstres de métal qui leur arracheraient bientôt leurs fils.

Tout ça je l’entends dans son disque, des bruits d’Unimetal (Arcelor-Mittal vous devez mieux connaître, les promesses d’un président...), du dégazage de Hayange avec ces flambées nocturnes sous l’œil complice de la vierge posée par les De Wendel. « We’re not kids anymore », cette phrase rabâchée par une dictée magique, ou je ne sais quel procédé loufoque. Tout ce détournement musical veut dire : « je m’arracherai à ce destin inscrit dans le cœur de fer de la Lorraine, par un moyen ou un autre ».

Mais bien sûr, le pays du lard ne laisse pas tant de place à l’art, et dans ce combat où il se saisit d’instruments comme un marabout pour conjurer le mauvais sort, il ne donne pas de titre à ses chansons. Car tout, même les géants de fer, est voué à l’oubli. C’est le début de l’humilité, et Geo sait se mettre derrière la musique, bien que j’aime dire que l’humilité en musique est un mensonge plus pernicieux que la chasteté au sein du clergé.

L’édition vinyle, disque transparent épais est la réunion des deux ep « the lo-fi studies, 1 & 2 ». L’artwork a été réalisé par Jennie Zarkrewski qui fait toujours un superbe boulot (que ce soit de composition ou ses impeccables layouts), pour le label Specific Recordings, tandis que les éditions cd ont été faîtes par Chez.Kito Kat Records.




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