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J’aime par-dessus tout que l’on m’offre des mondes, sans papier cadeau, rien a foutre du papier, des choses simples et nues, des bouleversements sous-cutanés, des séismes a l’orée du cœur, des crues au bord des yeux, j’aime par delà la dimension où sont toujours ancrés mes pieds, que l’on m’offre l’autre monde, surprenant, énorme comme l’un, étrange comme l’autre, mais qui sache tordre mes nerfs et mes cordes sensibles, Closure, le premier titre de ce disque du même nom, est suffisant a ébranler l’air, et le faire chavirer en eaux salées, là, au niveau des cernes. Adna, suédoise (ce nord si prolifique en beauté sensorielles) a la magie de l’intimement profond, ce don qu’a la lame de trouver la cible les yeux fermés, le talent musical de trouer d’un souffle toute roche, toute matière. Pour son troisième disque, elle ôte tout, peau a peau, strate a strate, et vient nue comme une renaissance tourner la page, dans la douleur, dans la noirceur, une certaine cruauté, qu’elle tourne en fragilité, poésie et illumination. Disque intime, chasse aux sorcières, quête du graal d’une certaine paix, religion de la survie, l’espérance, l’espoir. Chaque titre pénètre nos chairs endurcies, peu a peu, sans brusqueries, petit rituel a petit rituel, sur des musiques simples et puissantes de sensibilité, une voix qui navigue entre Florence and the Machine et Ane Brun, où les susurres enflamment et les cris noient, sur les rythmes tant typiques de ce Lo-fi pop obscur (rythmes shamaniques, guerriers, comme chez Bat for Lashes, Inga lijlstrom et Likke Ly, etc.. mais si effectif au niveau chair de poule). La lutte interne de Adna pour se débarrasser de ses démons d’enfance, représentée dans ces contrastes, voix de soies, tambours lourds, aigues qui lacèrent et profondeurs qui pansent, est titanesque dans l’intimité de se petit corps de femme, un fardeau immense qu’elle pose enfin en mots et sons sur la terre de ce disque, lui offrant un dialogue somptueux, produit merveilleusement (ce type de musique doit sonner parfait, le moindre accroc le rendrait vulgaire, on ne peut jongler, on ne peut peindre une couche, raturer ni effacer, c’est un premier jet a saisir ou a voler, naturel comme la vie, d’instinct et de pensées, les disques de cœurs s’enregistrent entre deux battements, ou se perdent dans les veines, et ce moment-là, Adna l’a épousé, happé et interprété a l’émotion juste, le pas juste, la symphonie adéquate. Soaked eyes est un exemple parfait de la manière de traduire l’amour en sons, la prose sonore qui berce les larmes, le réconfort de la prière, l’apaisement des sangs, le calme en pleine bataille, morceau qu’elle chante dans un miroir où son reflet écoute en se découvrant, exercice de style spirituel, magie musicale, de ces titres qui vous font aimer au-delà de ce monde, bien au-dedans de nos univers. Armez vos âmes, fermez les fenêtres, éteignez les lumières, isolez-vous dans vos intimes corps, posez le disque au creux de vos mains, et partez découvrir la vie dans ce qu’elle a de plus beau, nous.




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