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Denai Moore, c’est la fragilité et la vaillance du petit nageur qui tâte l’eau avant de plonger, cette timidité qui rend pierre ou coton ce que la peau touche, cette force de n’avoir rien à perdre, puisque de toute manière qu’il se produise, le bain sera salutaire, et le plongeon, un saut en avant. Ce fut l’un de mes premiers coups de cœur dans ma toute jeune carrière de type qui écrit sur la musique pour l’Ep. "Saudade" lancé en éclaireur de "Elsewhere" 2015, d’où émergeaient magnifiquement les titres "Gone" ou encore "Wolves", elle me semblait alors énorme, tout un défi, a ce jour, elle me parait encore hors de portée pour mes mots, mais moi aussi, il faudra bien que je plonge, car des titres comme "Desolately devoted" "Let it happen" ou le très classe "All the way" invite aux risques. Je disais alors de cette anglo-jamaïquaine de désormais 24 ans qu’elle avait le don de trouver dans chaque style notre plaisir, une facilité d’émotion qui pouvait enivrer les durs et les doux. Elle même, sous l’influence pleni-lunaire de Bon Iver et de Lauryn Hill (en même temps ou par séparé), use du folk sur la soul, et de la soul sur le rock, et ainsi de suite, sans perdre une bribe de sa personnalité, sans s’éloigner de son regard sonore, sans perdre pied. Bien sur sa voix a la couleur si riche de sa peau, cette chaleur et finesse typique du rythm’and Blues et tend plus aux chaleurs qu’aux froideurs, mais son instrument naturel a lui aussi, le don des camouflages, et lui permet d’être dans toutes les dimensions sonores sans appartenir a aucune, électron libre. Cette ampleur de champ de jeux est une aubaine, un atout majeur. Ce nouveau disque, attendu comme pluie dans le désert pour ma part, est sorti en juin, soit, monsieur était en vacance, mais cela lui a permis de se plonger (décidément) dans ce disque "We used to bloom", empreint, comme le premier, d’une certaine tristesse, non pas d’un manque de lumière, non pas de douleurs poignantes, mais d’une légère tristesse, un léger poids sur l’estomac, une délicate fissure sur le cœur, de ces états d’âmes qui ont l’habitude de créer de si beaux instants sonores. La tristesse, sans doute, comme thérapie pour elle, le temps a passé avec force et violence entre le début et le nouveau, et le trajet mélodique d’une chanson a l’autre est une interrogation, une recherche, et une possible solution, qui se devine, a pas de chat noir, entre un style emprunté a l’un, et une manière volée a l’autre, la tristesse a ça de spécial, qu’elle n’a de frontières sonore, sinon qu’elle se nourrit des symphonies et simplicités, reste a savoir le décrypter avec sagesse, et l’émettre avec talent, sinon la digestion peut être aussi difficile que dans les disques ratés des grandes pointures, ou trop facile pour les jeunes débutants trop tentés de cloner. Peux a redire sur la vision de futur et le bon gout de la demoiselle et de son label Because Music, produite par Point Point, Mura Masa, SBTRKT (avec qui elle fit ses débuts comme chanteuse invitée, ou encore Astronomyy (sur le précédent Rodaidh McDonalds (XX, Adèle, Savages)). Denai amplifie son travail, des cordes plus présentes, un son plus personnel et reconnaissable, une certaine identité en chemin, et cette impression qu’elle rempli tout espace, qu’elle convoite tout recoin, qu’elle cherche l’omniprésence son a son, chanson a chanson, des cuivres luisants ici, des enquêtes électroniques là, des chœurs gospels pour lier la sauce, elle gonfle les poumons de sa création jusqu’a des limites qui n’apparaissent toujours pas au bout du disque. Remplir l’espace de sa bulle existentielle, par sa bulle artistique, je reviens sur l’effet de thérapie. Le disque, moins acoustique que le précédent, plus travaillé au niveau global, n’en est pas pour autant moins intimiste ni humain. Denai met un doigt dans l’eau avant de plonger, cela s’appelle de la précaution, mais aussi de l’intelligence, de là où elle tâte l’eau, on peut voir l’autre rive, aucune dérive, elle sait vers où elle se doit de nager. "We used to bloom" est un disque facile d’accès, rien d’expériences, d’essais, la naturalité de son gout, la musique simple, easy listening, juste l’émotion comme soubresaut, juste la mélodie comme transport, dans un calme d’yeux fermés, des comptines pour calmer les enfants qui crient en elle, la chaleur d’un embrassade, la cotonneuse voix, qui peut jouer aux épines.




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