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Contre l’haleine d’un ruisseau j’irai poser mes lèvres zébrées de gerçures ; l’automne s’est pointé tôt, cette année. Parce que je sens les frémissements autour de moi, à propos de cet album, je l’ai vivement écouté. Puis goulûment réécouté, dehors, en pleine campagne, à genoux dans les herbes hautes, comme sur la pochette, les épaules enveloppées dans un châle en laine, comme un vieux pèlerin.

Guidé par la douceur, Oh, Sealand égraine tranquillement ses 12 tracks, à la manière d’une maman oiseau consciencieuse à l’heure de nourrir ses petits, avec ses moments de folie. Changement brutal de rythme, arrivée fracassante de guitare plus noisy, bruitages, autant de variations passionnantes qui viennent tutoyer les mélodies mignonnes et guitares délicates tout au long de l’album. Ce qui le rend touchant à en pleurer. Et d’une richesse hallucinante, je ne pensais pas dire ça un jour d’un album de chamber pop chanté par un mec, mea culpa, peut être même que cela élargira mon horizon musical, il était temps.

Les membres d’ Oddfellow’s Casino n’ont pas peur de mettre leurs plus belles mélodies à nu, comprenez par là qu’ils nous les offrent sur un plateau de nacre, sans fioritures ni faux-semblants, il n’y a qu’à tendre l’oreille. Penda’s Fen me rend dingue, avec ses nappes de guitares hypnotiques qui déboulent sans crier gare et te chopent à la gorge, pour dégringoler le long de ton échine jusqu’à la terre ; l’ange qui s’est posé à côté du type, sur la pochette, est très probablement descendu du Ciel pour écouter cette track au plus près, à quelques centimètres de l’eau. À l’écoute de Swallow the Day, j’ai pas pu m’empêcher de songer à Elliott Smith, je l’ai littéralement imaginé, une guitare entre les mains, caressant les cordes comme si le crépuscule jamais ne l’avalerait... Et Mustard Fields, qui vient tout de suite après, avec sa furieuse montée d’adrénaline qui explose sur la fin et colle des frissons (quelles paroles ! ) , reprise ensuite dans Danu , mais en moins chaleureux, on joue sur les souvenirs, on se remémore des trucs dispersés à jamais dans le Temps...

La fin du jour approche, les êtres diurnes rentrent prudemment chez eux. Au bord du ruisseau, il reste une ombre tiède, qui, si l’on prête attention, semble faire de la musique avec ses larmes.




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