1er février 2015 / Étonnant : avec « Transfixiation », A Place To Bury Strangers abandonne l’héritage Jesus & Mary Chain et se réinvente en une formidable machine discoïde à en faire pâlir de jalousie aussi bien Nile Rodgers que les Pet Shop Boys. Ce n’est pas tout : sans guitare ni distorsion, le timbre d’Oliver Ackermann y révèle un don insoupçonné pour le cabaret et le music-hall (entre « Mother Fist & Her Five Daughters » de Marc Almond et « Cherish The Light Years » de Cold Cave). Ce renouvellement, aussi soudain qu’imprévisible, s’explique en partie par une joie de vivre, une sérénité bienfaitrice, que retranscrivent parfaitement les paroles de « Transfixiation ». APTBS y parle de « lumière à l’heure du petit déjeuner bacon / jus d’orange », de « tes yeux bleus qui ne donnent plus envie de se pendre avec la ceinture d’un futal troué », de « cet enfant que j’espère entendre bientôt battre dans ton ventre rondelet »… Oliver Ackermann est un homme neuf : il préfère dorénavant les synthés Roland aux pédales d’effet Death by Audio et ne jure que par Sigue Sigue Sputnik et Tears for Fears. Par contre, lorsque celui-ci déclare vouloir impérativement travailler avec Daft Punk, on se demande si, finalement, on ne préférait quand même pas son ancienne fixette sur les frères Reid. Il faut dire que… que…
![]()
Allez, arrêtons la bonne blague : bien sûr que rien n’a changé chez A Place To Bury Strangers ; évidemment qu’Oliver Ackermann ratiboise (encore et encore) l’axe « Psychocandy » / « Darklands ». Pratique, APTBS : on pourrait, à chaque sortie, ressortir la chronique du précédent disque et l’appliquer au nouveau – cela marcherait à tous les coups. Du reste, entre APTBS et l’auditeur, le contrat était limpide : les new-yorkais pouvaient sortir le sempiternel même album que nous n’y verrions aucune objection. Du moins jusqu’à aujourd’hui…
![]()
S’il est maintenant acquis qu’« Exploding Head » restera le sommet d’APTBS, la suite du parcours fut dignement prévisible : des albums (ou EP) identiques mais toujours gorgés de sacrées décharges fuzz, de voix macabres noyées sous les reverb, d’amplis surchauffés et de batteries fracassées… Une bonne raison pour féliciter « le meilleur groupe le moins inventif des vingt dernières années ». Avec « Transfixiation » pourtant, l’affaire se corse : plutôt monolithique, à moitié léthargique, APTBS livre un album sans adrénaline ni passion. Disque blasé, disque raté. Le bruit (la grande affaire d’Oliver Ackermann) s’exprime aujourd’hui à la façon d’un chat d’appartement plutôt qu’avec la fureur d’un tigre lâché en pleine Big Apple. Le comble : A Place To Bury Strangers joue trop longiligne, moins « Automatic » qu’automatique. Jusqu’à dire que « Transfixiation » signe la fin de notre amour pour APTBS ?