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Certains disques empruntent parfois un chemin tortueux pour arriver jusqu’à notre coeur. L’alt-folk habité et profond de « The Good Memories » m’a attiré immédiatement, avant de me repousser au moment de le choniquer puis, avec un peu de temps, m’a rattrapé et ne m’a plus laché.

Quelques appels de guitare baryton saturée et le premier titre se lance. Le son de batterie est profond, l’ensemble est riche, équilibré, vivant, le tempo est retenu et l’espace ouvert, et lorsque la voix de Vincent Dupas rentre, pleine et chaleureuse, on sent qu’on va trouver ici du beau et du bon. Avec des inflexions à la Kristofer Aström et un timbre proche de celui de Kurt Wagner (Lambchop), il pose sur ces morceaux un chant prenant et propose des tableaux, des instantanés, moisson d’images vues et de moments vécus en tournée, notamment aux US... Car ce disque est plein à ras bord d’Amérique : les instruments, le son d’ensemble, les arrangements, la voix, les textes, aucune faute de gout, tout fait « vrai », tout sonne comme un excellent disque de folk électrique enregistré dans une grange du midwest par un groupe du cru qui ferait le point sur sa vie et ses états d’âme. Après quelques écoutes, il m’a semblé que tout cela sonnait presque « plus américain que les américains », comme une version fantasmée, presque clichée, de l’américana : l’impression est la plus forte sur « Delivery man » et son « I’m just a simple guy » modeste qu’on imagine prononcé par le gars d’UPS qui livre les farmers du Kansas, ou sur « New Mexico » avec son rythme shuffle, son banjo et cette guitare électrique enlevée.

Cette impression a duré quelques jours, mais les écoutes, elles, ont continué : le sentiment que quelque chose de notre rapport aux USA, notre fascination mêlée de défiance, notre imprégnation de cette culture, se faisait jour ici, n’a jamais réussi à me priver du bonheur d’écouter ce disque. Il est profondément touchant et par moment, tout simplement magnifique, comme dans « The Impossible Stroll » avec ses choeurs féminins. Les morceaux s’étirent vers la fin du disque, les notes s’espacent, l’instrumentation s’allège, un orgue tapisse l’arrière plan de « Nastassia ». Le dernier titre (« Homestretch ») tient sur une guitare en arpèges, une batterie ralentie et quelques notes de guitare au bottleneck, et signe le retour au bercail d’un voyageur que l’on sent fatigué mais riche d’expériences, déposées ici pour la postérité, pour "mémoire".

« The Good Memories » apparaît au final comme un grand disque. Un grand disque de musique américaine, enregistré live dans une maison en bretagne par un français et ses invités de marque, membres de Marvin, Pneu, Dark Dark Dark et Fordamage, et signé en toute logique du nom de My Name Is Nobody, en hommage au western spaghetti qui a su, en Italie, s’approprier et dépasser les codes du cinéma le plus typiquement américain.