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Parlons d’une musique aussi exigeante dans sa construction que parfaitement limpide à l’oreille. Avec son troisième album, « By The Third Sea », Vinc2 poursuit son exploration d’une ambient pas comme les autres : les nappes se teintent ici de violoncelles et de guitares rêveuses, des vocaux apparaissent soudainement, des clochettes entraînent l’auditeur vers un songe éveillé… En ouverture, l’émouvant « Chanson de Soie » voit Vinc2 s’essayer (avec talent et modestie) au chant. Fausse piste : la majeure partie des plages suivantes déploieront des beautés synthétiques parfois planantes, quelque fois mélancoliques, toujours pensées avec une mélomanie jamais ostentatoire. Car le travail d’épure de « By The Third Sea », son évidence climatique, sa féerie doucereuse (un titre se nomme « Fantasia ») dissimulent un soin d’orfèvre accordé au moindre détail. Ne pas juger les compositions de Vinc2 sur la foi d’une première écoute forcément trompeuse : moderne, contemporaine, cette ambient n’hésite guère à tendre vers le post-rock (l’inquiétant « Between C & Y ») mais sans prendre l’auditeur en traitre. Là où la majorité des albums ambient n’ont effectivement pour finalité que d’illustrer une instantanéité quotidienne, « By The Third Sea » se déguste avec attention, précision, concentration… Sans doute car l’on devine des orages, des blessures cachées, une âme tourmentée derrière le faux paisible de ces compositions qui refusent la tricherie mais, pudiques, transforment les intempéries en comptines, le mal-être en tendres berceuses.

Il y a bien un leitmotiv développé ici en onze plages : un voyage en mer. Pourtant, chaque titre, bien que formant un tout indissociable, pourrait renvoyer à différents états ou sensations. Cet album est tellement homogène et pensée avec soin que sa thématique reste ouverte. Ici, l’auditeur est accueilli en ami ; ici, l’auditeur crée son propre film, ses propres images. Vinc2 n’impose rien. Il propose une immersion qui, pour ceux acceptant de lâcher prise, ne s’oubliera pas de si tôt. L’Imagho de « Méandres » vient de se trouver un cousin proche… Il nous fallait impérativement sonder les pensées de ce musicien virtuose, en savoir plus. Vinc2, en un sélectorama aussi érudit que poétique, nous ouvre ici les portes de son univers. Parole au prodige.

Sigur Ros - Andvari

Ce morceau a toujours eu une résonnance particulière en moi. Cela me renvoi directement en 2005, j’étais à ce moment un fan absolu de Sigur Ros que j’ai découvert avec "( )", et le quatrième album "Takk..." venait de sortir. La claque fut monumentale même si elle ne fut pas immédiate. Cet album est un hymne à l’automne islandais, et cette chanson en particulier m’a toujours bouleversé. En live, c’était la seule que Jonsi chantait en ne jouant d’aucun instrument, ce qui lui donnait un petit air gêné vraiment touchant. La fin tout en douceur sur les trois accords de cordes frottées tournant en boucle est un véritable moment de grâce.

Jonsi And Alex - Indian Summer

Avoir avoir vénéré Sigur Ros de 2003 à 2007 puis les avoir détesté en 2008 avec l’album "Með suð í eyrum við spilum endalaust" qui m’a fortement déplu, je n’attendais plus rien de Jonsi, encore moins après son album solo qui lui aussi était très en-dessous de ce dont il était capable. Pour moi, le pire arrivait : ils tournaient en rond, perdant brutalement le génie de leurs débuts et s’autocaricaturant à outrance. C’était sans compter sur son compagnon Alex Summers, avec qui Jonsi collabora pour donner naissance à un des plus beaux projects ambient que j’ai pu écouter, Jonsi And Alex. Ce morceau en particulier touche au sublime, c’est un monument d’émotion brute, une musique que les anges ne refuseraient pas.

Max Richter - In The Nature Of Daylight

Une œuvre dense, puissante, désarmante de mélancolie. Les parties de cordes sur mon morceau "Fantasia" m’ont clairement été inspirées par ce titre. La prise de son est précise, incisive. Max Richter est pour moi l’un des musiciens les plus passionants de sa génération. L’album "The Blue Notebooks" en particulier est une merveille.

Hammock - Overcast-Sorrow

Trois accords vus et revus mais une maitrise impeccable des guitares réverbérées et une prodution parfaite. L’univers de Hammock m’a encouragé à enregistrer de nombreuses pistes de guitare "planantes" comme sur "So Long". C’est aussi en écoutant ce morceau que j’ai souhaité ajouter du violoncelle sur mes compositions. Cet instrument a parfaitement sa place dans un univers ambient / post-rock comme celui de Hammock. Dommage que tout l’album "Ketonic" s’essouffle un peu sur la fin sinon cela aurait été un sans-faute.

Ólafur Arnalds - Ljósið

Je n’accroche pas à tous les travaux de l’Islandais (et encore moins à son dernier album "For Now I Am Winter") mais s’il y a bien une œuvre qui m’a totalement envoutée, c’est son EP "Found Songs". Sur ce disque, Arnalds s’est fixé comme objectif de composer un morceau par jour pendant une semaine. Pour moi qui aime retravailler inlassablement les morceaux, l’exercice me semblait un peu casse-gueule. Au final, il est plus que salutaire puisqu’il en résulte sept pièces ultimes, sans artifices, belles et pures à la fois. Ce morceau en particulier est une merveille.

Mono - Pure As Snow

Mono est pour moi un groupe à part sur la scène post-rock actuelle. Surtout depuis le chef-d’œuvre "Hymn For Immortal Hymns", remarquablement composé, ils ont atterri dans une autre galaxie, de par leur capacité à jongler entre guitares et cordes frottées. Le titre "Pure As Snow" en est la parfaite illustration, pour moi c’est un des plus grands morceaux post-rock jamais écrits. Leur plus grosse erreur était je pense d’avoir cessé leur collaboration avec Steve Albini sur leur dernier album "For My Parents", à mon goût fade, mal produit, mièvre et bien moins composé que son prédécesseur.

Ludovico Einaudi – Rêverie

Je ne suis pas un fan absolu de Ludovico Einaudi mais pour moi cette pièce musicale est remarquable en tout point. D’abord, la prise de son du piano est parfaite, ensuite le morceau est simple mais parfaitement interprété, l’émotion est palpable et ce "Rêverie" porte parfaitement bien son nom. Il est possible que mes prochain travaux s’orientent vers quelque chose de très dépouillé comme ici. Encore une fois, ces harmonies ont été entendues des milliers de fois, mais ici c’est vraiment bien exécuté.

Eluvium - The Motion Makes Me Last

Je ne peux pas cacher que Eluvium a été une influence majeure pour mon dernier album "By The Third Sea". Je l’ai découvert en 2007 à la sortie de « Copia », cela a coïncidé avec le moment où j’ai commencé à composer ces morceaux. J’ai eu la chance de le voir dans la foulée en première partie d’Explosions In The Sky. Si je me suis décidé à franchir le pas du chant, c’est grâce à son album "Similes" où lui-même se lance dans ce pari risqué pour un musicien ambient. C’est à mes yeux pleinement réussi, notamment sur ce titre fort, émotionnellement puissant, épique et presque pop au final. Pour moi un des meilleurs morceaux d’Eluvium, dommage que l’album entier ne soit pas de ce niveau.

Explosions In The Sky - Greet Death

Cela fait très longtemps que je n’ai pas écouté leurs albums mais je ne pouvais pas ne pas citer ce morceau ... Fatal et ultime, voici les qualificatifs qui me viendraient si je devais le définir en deux mots. D’une violence et d’une intensité rare dans le milieu du post-rock, ce morceau échappe justement à tous les clichés du genre. Vivre ce titre en concert a été l’un des moments musicaux les plus intenses de toute ma vie.

Le Lendemain - Lois

Découvert à la sortie de leur album "Fires" dont j’ai été immédiatement sous le charme, ce morceau en particulier est d’une délicatesse sans nom. Le piano et le violoncelle s’enlacent au milieu de délai et réverbs complètement maitrisées. Les harmonies sont simples mais pures, on s’en délecte sans se lasser : c’est tout simplement beau. J’espère que ce duo produira un autre album un jour.




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