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Et si, au fond, la new-wave était le plus populaire des styles musicaux ? Au-delà du grunge, du punk ou du trip-hop, ce courant ne cesse, mois après mois, d’inspirer moultes artistes. A un tel degré de connivence que certains groupes honnis par les puristes durant les glorieuses 80’s n’évoquent aujourd’hui que respect et admiration : sans même aborder les cas Depeche Mode (les nouveaux Rolling Stones) ou Talk Talk (intouchable divinité), citons Tears For Fears, Visage ou Duran Duran. Est-ce parce que nous avons vécu ces instants idéalistes que le souvenir des années quatre-vingts ne nous renvoie qu’à des moments extatiques (les premiers vidéo-clips, « Les Enfants du Rock », « Just Can’t Get Enough », « Week-end à Rome »…) ? Probablement pas. La plupart des actuels musiciens œuvrant dans la new-wave n’étaient certainement pas nés au moment où Daniel Darc s’ouvrait les veines en 79 sur la scène du Palace. Et pourtant, les codes, les sonorités, les astuces et les inventions de ce courant musical sont, chez quelques fortiches, maitrisés au synthé près. Au risque du copier / coller : nostalgiques des 80’s, sommes nous, certes ; mais pas au point de s’avaler le moindre Korg reproduisant à l’identique les volutes de Vince Clark ou de Roland Orzabal. Plus que le « Jacques a dit », il nous faut ressentir la réappropriation ; plus que la légitimité, il nous faut de la personnalité.

Cette longue introduction pour vanter les architectures synthétiques du premier EP du rémois Grindi Manberg. Ce dernier vient incontestablement de l’axe Hollis / Gore / McKluskey, mais, ici, les références ne pèsent pas trois tonnes ; ici, les origines s’oublient bien vite pour ne laisser qu’entendre une musique émancipée et terriblement personnelle ; ici, chaque note de clavier semble signifier quelque-chose de très intime pour le musicien… En cinq titres (mention au poignant « Marina Has The Key »), Grindi Manberg donne sa propre vision de la new-wave : alanguie, éthérée, monstrueusement spleeneuse mais rêveuse.

Un peu comme si la chanson « Pale Shelter » avait été ralentie sous format dark (avec des chœurs de Martin Gore en bonus) puis soumise à l’appréciation de Mark Hollis, Grindi Manberg développe une ambient tirant tout autant vers la pop que vers l’inquiétante étrangeté (un cousinage avec Washed Out ne s’exclue guère). Jamais glacial, cet art de composer une pop accrocheuse quoi que planante permet de tisser un lien entre les souvenirs 80’s et les expérimentations d’aujourd’hui. Grindi Manberg : respectueux mais guère passéiste.




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