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Comme on dirait d’une fille qu’elle possède la classe, cet album est foutrement aguicheur. Cinq natifs de Chicago décident, sous l’appellation Acquaintances (nom de groupe moyen, par contre), de revisiter l’histoire du rock. A leur propre façon, c’est-à-dire dans un joyeux désordre : les riffs garage lacèrent du boucan tendance Sonic Youth époque « Evol », le punk s’invite en pleine cérémonie batcave, des cavalcades de batterie supportent un chant tour à tour racé et lourd, angoissant et libéré. Si l’affirmation « rock’n’roll » prête parfois à sourire, elle retrouve ici son sens originel : dangereux, crapuleux, sale et déraisonnable.

Le plus beau de cet album réside dans sa faculté à bâtir des constructions post-rock que viennent dévergonder des fuzz et des larsens foutrement méchants (« Skin », déjà l’une des plus belles tueries de l’année 2014). En gros : du punk-rock dans des bâtisses post-rock (effet garanti !). Car bien que ne dépassant jamais le cap des cinq minutes, chaque titre de cet album éponyme se déploie, se frotte à l’étirement et à la longueur sans que le groupe ne dévie de l’axe fixé : écrire des putains de hymnes plein de cambouis et de sueurs.

Parce que maîtrisant parfaitement l’aspect brûlot comme la lente imprégnation atmosphérique (tel hier Sonic Youth, again and again), Acquaintances se trouve aujourd’hui un peu à part dans la scène indie-rock : difficile à cataloguer, difficile à décrire, cette musique rejoint l’enthousiasme teinté d’incrédulité nous ayant saisi à l’époque du premier album de I Love You But I’ve Chosen Darkness (décidément, une référence de plus en plus primordiale). L’auditeur est subjugué, parfois terrassé, mais cherche à comprendre les raisons d’une telle alchimie sonore. Car bordel ! Acquaintances pousse le bouchon jusqu’à parfois laisser entendre une incroyable collaboration entre Nick Cave et Sebadoh (imposant « This Night Is a Trick »), entre Nirvana et Can (ambitieux « Git It Covered »), entre le « It’s The End Of The World as We Know It » de R.E.M et son dopplegänger grungy (« Thinking We Are Done Here »), entre Flying Nun et Creation (tout l’album)… N’écoutez pas ce disque : c’est une drogue dure.




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