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Il y a des liens merveilleux autant qu’invisibles, la terre et le ciel, la nuit et le jour, un enfant, et son père.

L’enfant invente des mélodies en jouant des doigts sur les cheveux de son père, cordes d’une guitare humaine et dompté de jeux en jeux, de sourires entendus, de clins d’œil, et d’une certaine notion familiale de ce qu’est, ou du moins, ce que devrait être l’art, la beauté, la liesse interne, et les souvenirs de paysages partagés d’une Islande si infime, si infinie. Quelle magie inonde l’Islande de génies artistiques ? Quelle raison pousse les islandais à être si doués ? C’est peut être le froid, ou cette mentalité si libre, presque bohème, cette idée de terre sauvage où vivre est un plaisir sonore, ou mourir est une contemplation d’horizons à visiter. Le père a soutenu de ses mots la beauté de chaque seconde, enfermant des images dans des bocaux transparents que l’enfant peut observer jusqu’à s’éblouir du monde. Il décrit la neige dans les chemins qui mènent chez lui, les rivières, les légendes de rois et la parfaite musicalité des silences, la calme harmonie de ce jour, la clarté sensible d’un vieil homme qui a su gouter aux nectars qu’on lui a tendu.

Il y a ce lien, d’une force violement belle, quand l’enfant joue enfin des mots de son père pour créer des flocons de neige qui sont pièces d’orfèvres ciselées dans les cieux nordiques, quand il joue des instruments comme l’on peint les rochers, les sentiers et les herbes d’un paysage légendaire, mythique. Asgeir n’est pas un compositeur-chanteur, c’est un fils si uni a son père qu’il est capable de traduire ses mots en fabuleuses petites chansons qui tremblent, qui frémissent, qui vivent, d’une profondeur irréelle, d’une douceur envoutante, d’un amour a la fois lourd et aérien, d’une réalisation éclatante, peuplées de nuances sentimentales, Asgeir n’est pas un musicien, il est un lien émouvant de sang, un transmetteur d’humanité, doué de plus d’un talent énorme comme orchestrateur de folk moderne (Bon Iver, Fleet Foxes, etc…) mélodiste éclatant de petites pièces musicales sages et simples (quoique Torrent soit une possible rébellion dont la force est magique) où se dépose une voix dont les aigus charment et les graves bercent, qui navigue avec ses cinq sens sur les eaux des proses paternelles. Ne cherchez pas des bousculades, pas de rageuses vagues, aucun rocher aiguisé, pas de révolte, entre père et fils, réside une osmose, un amour, une profondeur à la fois mélancolique et éblouissante, puisqu’il s’agit de cela, si l’on parle de vie, si l’on parle de ces instants, on défini l’amour aux accords de guitare et de quelques touches électroniques cachées.

In the silence, c’est là que naissent les mots d’un père, de là que grandissent les sons d’un fils, du silence, cet art de pauser les chaos, cris et blessures un laps de temps dans le paradis interne. De ce lien nait ce disque d’écoute chaude et sage, dont la douceur tranquillise nos vies pressées, et nous oblige à chercher notre propre lien, désapprendre le présent, apprendre la vie.




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