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Je ne me rappelle plus si je vous ai déjà dit combien j’exècre les mots en "isme" ... Snobisme, intégrisme, individualisme, régionalisme...

Originaire de Bretagne et vivant en Bretagne, je n’ai jamais supporté ces postures de quant à soi, de "Breizhonneg" pur beurre (qui frise l’eugénisme ou la pureté raciale), ces replis sur soi réactionnaires....

Au mieux la musique celtique me laisse froid, au pire elle me met les nerfs à vif. Le biniou me donne des boutons, je n’aime la harpe que chez Active Child (et quelques autres)... Les bretons peuvent avoir tous des chapeaux ronds, je m’en tape allègrement le coquillard et ses noix !!!!

Comment exprimer ses origines sans être couleur locale, cliché ou passéiste rance ? Comment faire de son affirmation d’appartenance à la celtitude quelque chose de poétique ? Xavier Grall en a trouvé de belles clés, Per Jakez-Helias (l’auteur du"Cheval d’orgueil") en a extrait sa dimension naturaliste....

Mais aujourd’hui quelles pistes explorer dans la musique pour ne pas tomber dans les travers d’un régionalisme carte postale comme un tube d’été navrant de TF1 ? Les réponses sont peut-être à trouver dans des attitudes volontaires d’ouverture à d’autres culture, dans la volonté de fusion des drapeaux et des étendards.... Il faut aller chercher son Bar (Beurre) et gouin (Pain) ailleurs pour malaxer ces éléments et en faire une forme nouvelle.... Mais aussi dans une volonté de brouiller les espaces-temps. Rappelez-vous les albums de Denez Prigent, ceux de Dead Can Dance à la fin des années 80 et au début des années 90.

Peut-être certains d’entre vous se rappellent de ma chronique de l’EP inaugural du dinanais Auden. Tombé sous le charme de cette Pop parfois aux limites d’une certaine variété française (osons le mot), j’attendais avec impatience la suite de ses aventures.

"Sillon", premier album de cet ancien raver sort enfin et reprend à peu de choses près l’histoire là où il l’avait laissée.

Je ne reviendrai pas sur le beau et aérien "Azur Ether" ni sur "Pour mieux s’unir" déjà présents sur la première production d’Adrien Daucé....

Nous entrons ici dans des régions déjà visitées par Armand Melies, Christophe ou Bon Iver....

A la première écoute de ces dix autres et nouveaux titres, vous chercherez en vain des traces de cette fameuse celtitude dont je viens de vous parler.

Il n’en n’est nulle trace dans sa musique, il vous faudra plus fouiller du côté du champ lexical, dans sa langue. Ici, il est question de vent, de brumes, d’horizon, d’océan.

Sans affirmation, dans une suggestion mesurée, Auden inscrit dans nos regards cette vie Western, ces plages d’hiver désertes, ces falaises comme des espérances minérales.

Elément liquide, pierre, brouillard, tout se mélange dans nos hémisphères mystérieuses ("Ici ou là").

Tout au long de ce "Sillon", il y a ces tonalités sépulcrales mais foutrement baisées par des lueurs diffuses... Ici, c’est le temps des "Si on pouvait", des "Ne nous attardons plus ("Aller sans retour"). Nous les bretons, nous cherchons l’océan partout où nous nous trouvons, nous le sentons dissimulé dans les vagues monumentales que forment les monts d’Auvergne, dans les prairies baignées de ce soleil d’automne dans ce coin paumé de Sologne, dans la brûlure des tournesols qui déclinent....

Auden s’inscrit dans une fratrie qui de Marc Seberg à Christophe, de Miossec à Dominique A, d’Arman Melies à Bertrand Belin flirtent avec les lignes de fuite, fils d’Ariane toujours sur le point de casser ("Le large"). Dans nos parcours de vie, tout n’est que quête vaine mais finalement ce qui importe, c’est l’acte de... C’est l’énergie que l’on apporte dans ces mouvements imperceptibles qui forgent ton passé, mon présent, leurs lendemains ("Les printemps)... Oublions la sérénité des instants pour nous diluer dans l’intensité Quand tout est calcul, quand on ne retient plus le sable entre ses doigts gourds, quand l’autre ne nous bouleverse plus, retournons à ces béances rassurantes ("Tes détresses)

C’est étrange comme les perspectives peuvent être déplacées aisément, comme on perçoit les choses différemment. Avez-vous déjà été au pied d’un pont avec la vie qui bruisse au dessus de vous ? Tout est mouvant, tout chavire dans l’étrange avant de sombrer dans l’inquiétude.... Vous croyez entendre d’autres voix dans la réverbération des échos lointains ("Les amours mortes") Parfois, seulement parfois, retournons nous perdre dans le jaune du colza, sentons ces pas à nouveau légers, cette frénésie, cette ivresse sans joie... Retournons à ces images, cet enfant qui court sur cette digue avec cette lente vague qui monte. Redevenons ce gosse qui fait des pas de deux entre vide et vertige comme un funambule sans grâce dans des hauteurs incertaines.... Retournons à ce frisson de ces pas sur ces pierres qui glissent, de cette soumission aux dangers qui guettent ("Etourdi")

Parfois nous aimerions revenir vers ces étendues sans horizon, ces claustrophobies des espaces ouverts, ces larmes face à l’océan, ces douleurs nécessaires ("Et tu danses") pour enfin rencontrer Philémon et ses terres interlopes, sillons graniteux puis voies salées et ces pointes puis plus rien, le vide, le néant.... Mais il faut toujours mettre à distance le néant. Je vois cet homme face à cette pointe, face à la mer, face à la mutitude ("Le bout de tout")

Voyez-vous ce cortège qui accompagne les funérailles de notre soleil, ces visages anguleux et fermés qui plient l’échine, le cliquetis des roues des chariots, l’apathie des arbres, l’anesthésie du vent, la lourdeur des pierres qui s’effritent, l’arythmie des vagues, l’immobilité des pas sans empreinte dans le sable... Puis le silence ("Douces vapeurs") Nous sommes parmi ces maîtres fous, nous sommes de cette foule, de ce nombre funèbre à creuser inlassablement nos sillons aux côtés d’Auden. Dans la pierre, nous déchiffrons cette épitaphe :

"Et maintenant nous ne sommes que souvenir mais bientôt, sûrement, à nouveau nous nous élèverons, nous serons partout..."

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit combien aux mots en "isme", je leur préfère les mots en "ie"... Nostalgie, fantaisie, mélancolie...

www.auden.fr/




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