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Pour paraphraser un vieux général, grand démocrate devant l’éternel, surnommé "Général Aspirine" durant la dictature argentine qui se plaisait à dire "Quand on me parle de culture, je sors mon fusil"...

Quand on me parle de Post-Rock aujourd’hui, au mieux je sors mes boules quiès, au pire un bon marteau pour briser la petite galette de plastique brillant... N’y voyez aucune volonté dictatoriale !!! Non... Loin de là cette pensée...

Non, c’est juste qu’en Post-Rock comme dans le Blues par exemple, bien souvent les ingrédients de la recette du genre sont utilisés jusqu’à l’écœurement.Longues nappes contemplatives suivies de montées puissantes et se terminant dans des déflagrations sonores lyriques... Grosso modo, tu dors... Tu trépignes... Tu te bouches les oreilles !!!

Tout cela commence un peu à ressembler à du Ingmar Bergman tourné par Max Pecas...

Tout le monde ne peut pas être Talk Talk, Bark Pyschosis, Tortoise, Mono Ou Godspeed You Black Emperor....

Autant dire que quand un gentil attaché de presse me contacte pour me proposer de chroniquer un énième "excellent" groupe de Post-Rock, un malaise s’installe insidieusement en moi. Mais en général comme je suis un garçon gentil et curieux, je ne parviens pas à dire non.

C’est donc en général (tout le temps) avec un scepticisme un peu désabusé et attendu que je reçois certains de ces cds....

Pourquoi rencontre t’on cette uniformisation parmi tous ces groupes de l’après Rock qui souvent ont trop ou mal écouté et digéré les œuvres des icônes du genre ?

Pourtant le Post-Rock devient passionnant quand il va se confronter à la tribalité, au primitivisme des musiques anciennes, au larsen des synthès....

Quand il y a quelques jours, je suis contacte par un gentil attaché de presse qui me propose d’écouter le projet Post-Rock de "l’excellent" trio Fragments de Rennes, je rentre (comme à chaque fois) en résistance contre mes doutes et accepte avec enthousiasme. Grand bien m’en a pris !!!!

© Jérôme Sevrette

Ce qui préserve Fragments du vide intersidéral de ses confrères post-rockeux, c’est l’envie d’aller se confronter à d’autres références que les éternels sommets du genre. Il y a dans ces paysages musicaux, dans ces quatre territoires en friche les mêmes aspérités chères à Keith Kenniff (Helios, Goldmund), la même flânerie entre classique et pop... Il y a ces mêmes volontés d’élévation que celles ressenties dans les aquarelles pointillistes et sonores de Matthew Cooper (Eluvium), ce compagnonnage de souffrance avec le frère d’armes Olafur Arnalds ("Echoes")

Ce qui préserve Fragments du vide intersidéral de ses confrères post-rockeux, c’est ce travail sur la forme rythmique, sur sa déconstruction, sa déstructuration qui les rapproche plus d’une certaine forme d’electronica organique et frissonnante. Confusément, vous penserez aux productions WARP, Bibio en tête qui serait mené par Vini Reilly de Durutti Column ("Few Hours Of Light")

Il y a chez Fragments cette même évanescence des aubes, cette perpétuelle bascule entre musique savante (Tortoise, Terry Riley, John Luther Adams, Steve Reich) et une émotion authentique à fleur de chair.

Mais laissons là ce name-dropping par trop réducteur...

Vous avez déjà vu ce vieux peintre dans le jardin tout à côté, cette peinture sans brillance, sans ferveur. Ce vieux peintre, dans la prairie qui fait de ces paysages des papiers peints qui nous attendront au pied de l’escalier de la maison endormie car les peintures vivent sans nous et grandissent sans nous...? Vous avez déjà cherché des formes dans les nuages au dessus de votre tête, allongé dans cette herbe verte et chaude qui grouille de vie ("Paperclouds)

Vous avez déjà imaginé les saisons qui se succèderont après que vous ne soyez plus là, ces feuilles roussies qui meurent en paillasses, ces arbres creux que plus un seul vent ne vient remplir, ce ciel sans envie ("In Our Frozen Skies")

La musique de Fragments a un pouvoir d’évocation, de convocation de nos sens endormis, certes sans révolution mais avec une résolution humble... Celle d’une certaine contemplation de ce monde qui tremble et s’évapore.

https://soundcloud.com/frgmnts

https://www.facebook.com/frgmntsmusic




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