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La France entretient depuis toujours un rapport étrange avec la paire Jonathan Pierce / Jacob Graham. Acclamé pour leur excellent EP « Summertime ! » (et son hit ensorceleur « Let’s Go Surfing »), The Drums bénéficia ensuite d’une réception critique et publique parmi les plus clichées : surestimé avec un premier album certes rondement mené bien qu’en deçà du potentiel offert par « Summertime ! » ; sous-estimé avec un deuxième essai bien plus sombre et désabusé, logiquement déceptif (toujours aussi fascinant « Portamento »). Ce dernier disque était pourtant à The Drums ce que « Dog Man Star » fut hier à Suede : l’envie de ne pas resservir la même recette pop, le besoin de se laisser aller à une forme de mélancolie d’autant plus émouvante qu’elle s’enrobait de clartés mélodiques jamais démenties.

On craignait que le malentendu lié à « Portamento » n’incite The Drums à jeter l’éponge (à l’instar de la trajectoire brisée des prometteurs The Rakes). Cela aurait été injuste et criminel : pas question de laisser l’indie-rock contemporain aux mains d’un recycleur tel que Jack White ! Sur ce point, aucun problème : intègres, dorénavant très loin de « Let’s Go Surfing », Jonathan Pierce et Jacob Graham dégoupillent aujourd’hui « Encyclopedia ». Leur plus beau disque.

Encore plus morose que « Portamento », en néanmoins sec et resserré, ce nouveau The Drums pourrait sonner comme un accrochage entre le « Doolittle » des Pixies et le premier album des Smiths. Des grattes façon Joey Santiago permettent à l’assemblée d’offrir libre court à l’euphorie, pendant que les intonations vocales (de plus en plus Morrissey) de Jonathan Pierce ramènent à la sensation d’une turpitude apprivoisée, d’une grise complainte préférant la lucidité distanciée plutôt que l’auto-apitoiement teenagers. Car dans « Encyclopedia », on ne rigole pas : il est ici question de baiser en forme de dernière tentative idyllique, de solitude renfrognée, de salutaires divinités et de cul-de-sac affectif. Mais tout cela joué et chanté avec un lyrisme et un enthousiasme parfois bouleversants, souvent ouverts au monde (l’ombre des Smiths, toujours – « Kiss Me Again » et « Deep In My Heart » semblent même avoir été écrits après de longues soirées à méticuleusement décortiquer l’architecture sonore de « That Joke Isn’t Funny Anymore » et « I Know It’s Over »)…




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