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Quand on dit que le monde est petit c’est parfois dans des circonstances paradoxales qu’il s’amoindrit.

J’ai commencé à écouter Millimetrik il y a un peu plus de dix ans. J’ai suivi ses sorties comme j’ai pu (quand on se met à chroniquer, on a du mal à tout suivre). J’ai toujours apprécié la démarche de ce type, la scène dans laquelle il s’inscrit et sa vision. Une alternative électronique, toujours en recherche de textures nouvelles, toujours à se remettre en question, amenant ses machines au-delà des soupçons de leurs propres concepteurs. Entre temps Chez Kito Kat records, label dont on suit scrupuleusement les sorties, a migré pour ses deux tiers en Louisiane. Originaires de Richemont (pas le fromage hein, c’est un bled de l’est que tu sais pas où c’est), notre couple intarissable de découvertes s’en est allé loin et en a profité pour dénicher cet artiste canadien à la discographie déjà fournie. C’est un défi à la géographie non ?

C’est le monde moderne où les nouvelles frontières sont cosmiques comme ce disque dont on discute. Je retrouve donc cet artiste alors qu’il rejoint la famille Kito. Le monde est si petit que les circonstances ont fait qu’on a partagé la scène avec Millimetrik, venu à Metz (ça tu connais non ?). Ce qui m’a donc permis d’avoir affaire à l’homme derrière la machine avant de pouvoir vous parler de son album : On partage donc tous les deux des « Rêves brumeux autour de Lana Del Rey », un titre qui retranscrit la fièvre du fantasme, accentuée par de discrets feulements. Musique électronique lubrique ? Je vais loin, mais c’est pour dire que l’humain est au cœur de sa programmation. « Port Ellen bass » démarre tout en sensibilité avant d’évoluer vers un aspect dancefloor bien fouillé, réfléchi, puis de faire un retour vers son mid tempo originel en balancier. On entend sur ce morceau toute sa capacité de jongler sans nous perdre entre des textures aussi différentes que complémentaires. Le titre « Fog dreams » vous emportera dans des vagues synthétiques reflétant la douce mélancolie d’étoiles qui vous éclaireront juste assez pour voir combien la terre s’est éloignée.

En quelques pistes se dresse déjà une constellation prompte à éclairer les errements d’un navigateur auquel je laisse le soin de se faire son avis sur les prochaines côtes qu’il rencontrera.

L’album croise les featurings comme les personnages d’un voyage et ce n’est pas un hasard si ses titres sont truffés de références comme un jeu de pistes. Car dans ses rêves brumeux il vous faudra de nombreux indices pour tenter de trouver la sortie, ou au moins le phare. Aucune quête n’est aisée, aucune vérité n’est formatée. Tout y est kaléidoscopique, à l’image de sa propre carrière.

L’album reçoit actuellement un accueil d’estime considérable au Canada, sa présence à plusieurs événements de renommée arrive comme une juste reconnaissance alors que près de quinze années de ferveur ont amenées Millimetrik à nous offrir un disque si mature à la production superbe. Un album de musique électronique qui nous raconte une histoire dans laquelle on projettera tous notre propre vision de la quête, de la tempête, de la brume puis de la lumière.

Il y a des disques qu’on doit avoir, parce que les événements nous les imposent. Une suite de hasards est justement tout sauf du hasard comme le dirait Snoeg Snoedal, une auteure décapante de Metz. Je vous souhaite la même rencontre avec cet album.

Au final cette chronique aura été celle de l’histoire d’un exil, d’un retour, de rencontres, et d’un chauvinisme latent car oui, Metz aura été le centre névralgique de cette petite histoire.

PS : disponible en cd ou dans une magnifique édition vinyle bleue transparente dont le centre est brumeux, redondance physique du propos électronique.




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