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Un type se réveille, téléphone brisé, gueule de bois, l’envie de rappeler cette fille évaporée et le besoin de retrouver la mémoire de cette soirée. Banal lendemain de fête. La vie, l’amour, la solitude, les excès : les thèmes classiques du blues. Mais chez Black Strobe, le genre est consciencieusement passé à la moulinette d’un maestro de l’électro, Arnaud Rebotini, dont les obsessions disco et la passion pour les sons maltraités lui permettent d’orchestrer un électro-blues-rock hybride sur-mesure, singulièrement énergique et franchement convaincant : un travail soigné sans coutures apparentes, à l’image de ces costards qui épousent parfaitement le corps, le savoir-faire d’un tailleur inspiré et appliqué.

Sur ce deuxième album, Black Strobe revisite ses fantasmes d’une Amérique vue du vieux continent et enchaine les morceaux sans fausse note comme un shérif aligne les outlaws dans un western : il pourrait le faire un bandeau sur les yeux et une main dans le dos sans perdre de son efficacité. Avec sa rhétorique religieuse, le révérend Rebotini prêche à des disciples ébahis le syncrétisme de sa musique mutante et balance ses morceaux de sa voix grave comme autant de sermons païens hantés par une grâce sensuelle et envoutante. L’irrésistible « Broken Telephone Blues », démarrage en fanfare en forme de réveil poisseux et grinçant qui donne envie de monter sur les bancs du temple pour danser. Les flammes de « Monkey Glands », furieux morceau de crooner charismatique, ne vous laissent aucune possibilité de vous rasseoir brûlant toute velléité de résistance. La suite alterne entre incantations blues lancinantes et prières habitées (« He keeps calling me », « For Those Who Came On Earth Thru The Devil Asshole »), blues-rock endiablé pour motards freestyle (« House of Good Lovin ») et électro-rock énergique (« Blues Fight ») parfois trempée dans un visqueux bain d’acide disco (« From The Gutter », « Going Back Home » convaincront les plus réticents d’aller se dégourdir les jambes sur le dance floor). Il se paye même le luxe de prendre Johnny Cash à son propre jeu en reprenant « Folsom Prison Blues » sans guitares pour une version crépusculaire et hypnotique. Écouter Black Strobe c’est voyager dans l’espace, passer en quelques minutes d’un extatique club où l’on maltraiterait un peu la disco dans une ancienne chapelle reconvertie ou le hangar désaffecté d’une zone portuaire d’Hambourg à l’atmosphère moite du bayou américain, voyager dans le temps musical, entre boucles électro et blues primitif, en passant par un rock furieusement classique et une disco sensuelle et compulsive.

Costaud, dense, énergique, mais également attachant car on devine derrière l’imposante carcasse de Rebotini et la façade tout en détermination de sa musique une vraie sensibilité, une véritable empathie et un recul qui permettent de toucher au-delà de l’énergie diffusée. Mine de rien, avec une classe naturelle et un savoir faire expert, apportant sa touche personnelle à cette fusion urbaine épatante, le leader de Black Strobe est en train de construire avec une régularité indéniable une œuvre qui servira certainement de référence à pas mal de futurs artistes.




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