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Je sais pas vous mais moi, j’en ai assez que l’on me dise à tout bout de champ que je n’écoute que de la musique mélancolique, quand cela ne veut pas dire triste voire chiant !!!

J’en ai assez des regards suspicieux de certains quand je leur fais écouter mes artistes fétiches (Sparklehorse,Joy Division, etc). J’imagine déjà leur raisonnement, je ris d’ailleurs intérieurement de leur circonvolutions.... Leur petit dialogue intérieur dans ce genre là " Punaise, c’est triste ce qu’il écoute, que des gais lurons, ou il est in dépressif ou il est maso"... Alors Messieurs-dames les idées arrêtées, les préjugés, je me porte en faux face à cette allégation mensongère.

Car figure-vous que même la science se range de mon côté. Figurez vous qu’une étude scientifique tout à fait sérieuse a prouvé qu’écouter de la musique triste est bonne pour la santé de notre cerveau, qu’elle stimule des parties de nos hémisphères peu utilisées...

Alors, vous voyez si même la science me donne raison ...

Mais finalement nul besoin de raison pour se laisser envahir par les paroles plombées de sens de Chris Hooson alias Dakota Suite ici une fois de plus accompagné du pianiste Quentin Sirjacq (auteur du bel album "La Chambre claire" sorti chez les amis de Brocoli et d’un second ouvrage tout aussi charmant).

L’auditeur trop rapide répétera à l’envie que l’anglais nous propose toujours le même album. Argument ridicule non quand on accepte le travail maintes et maintes fois répété du peintre face à ses obsessions, l’analyse de ses doutes de l’écrivain.

Chris Hoosson, lui creuse le même terreau, celui de la réparation, celui du deuil de son enfance ratée.

Celui qui donnera avec humilité son temps à "There Is Calm To Be Done" y découvrira ces petits détails qui font les grands œuvres. Car parfois, les grands bouleversements dans les disques d’un artiste que l’on aime sont à aller chercher dans le démon du détail.

Entre les cuivres presque dissonants de "Committing to Uncertainty" à la presqu’épure du très Tintinnabulisque " Nu Dat Deze Dag Voorbij Is", quel spectre d’émotions.

On connaît l’intérêt de Chris Hooson pour la musique contemporaine, on se rappelle d’ailleurs du sublime et indépassable "The Way I Am Sick", on se rappellera aussi sa collaboration avec le violoncelliste David Darling. Chris Hooson a choisi de ne pas choisir entre un folk crépusculaire et les chemins d’une musique plus exigeante et savante.

Musique de climats, musique de paysages.... Traversées des fleuves sombres mais jamais sordides.

Un homme debout et généreux qui circule dans "Dronning Maud Land", qui écrit quelques mots dans le sable, des mots libres et enbrumés de whisky.

Cet album porte bien son titre, il s’agit bien d’une collaboration tant l’anglais semble s’effacer derrière le piano cristallin de Quentin Sirjacq ("Ask The Dusk")

Rejoindre Dakota Suite, c’est retrouver la voix de Chris Hooson , limitée dans sa technique mais jamais dans son interprétation, celle d’un homme revenu de tout mais revenu à l’essentiel, une voix comme des chansons courtoises, celle d’un troubadour, celle d’un miséreux jamais misérable ("Be My Love").

Celui qui a compris que ce qui importe ne se trouve pas, ne se cherche pas, il est souvent juste sous vos yeux. ("Nothing Is Gone")

Chaque album de Dakota Suite nous fait toujours l’économie de trop de pathos, de trop d’étalage. C’est car il est pudique que Chris Hooson nous bouleverse ("The World Touches Me Too Hard")

Car à tous les exploiteurs, à tous les constructeurs, à tous les promoteurs, toujours, je préférerai les amoureux de la poussière, à ces gens des manques et des carences.

Car toujours à la flamboyance impérieuse des ridicules, je préférerai la discrète présence de Chris, cet ami en peine mais tellement là finalement comme un Barzin, comme Mark Linkous. ("I Miss The Dust")

Alors Messieurs-dames les idées courtes, les juges pourfendeurs, prenez vos distances car de toute façon la science nous donne raison, à nous les amateurs de ces musiques faites de brics et de brocs, de sentiments et de pleurs....

Et puis de toute façon, nous n’avons pas besoin de raison et na !!!

Chris, attends-moi, j’arrive. Partons donc marcher ensemble dans nos mélancolies communes et rayonnantes...

http://www.dakotasuite.com/




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