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Il y a des bois du côté de Los Angeles tant touffus que les monstres qui dormaient sous nos lits s’y sont refugie de peur des enfants, des forets qui offrent des asiles aux cow-boys blessés de balles de désamour, de fantômes en mal de frayeurs, une faune tête baissé couchée sous les fougères, s’armant de leurs vieilles légendes et biographies pour essayer d’être encore. Ils se regardent entre eux en croisant leurs histoires, s’embrassent pour accumuler leurs peines, en croyant fermement qu’ainsi les frigides passants des villes noteront dans leurs asphaltes le séisme de leurs battements de cœurs, parce qu’ils battent, ils battent comme armée en marche, comme tungstène sous verre. Il y a des devins capables de donner voix a ces êtres égarés, et de sentir sous la peau de leurs tambours et dans les vibrations des cordes ces cris étouffés des bois alentours, bourrés de héros et de vaincus, bourrés jusqu’à l’ivresse. Lord Huron est le chantre de ces petits oubliés, sans joie ni tristesse, enfin, tristesse, si, le juste pour êtres plus humain que les humains. Ces petits hommes entre chercheurs d’or (et croyez-moi ils en regorgent, et en trouve jusque sous les semelles de leurs bottes, et rockabillies aux faux airs de Joe Strummers, vont de Cadillac et Mustangs sur les routes secondaires d’une Amerique qui n’est plus la même, et grattent ci et là des bribes de contes et légendes de ces monstres et personnages cachés dans nos forets, et les dorent a nouveau de poésies et de force, et les abritent sous des capes de folk et rock moderne, bien que moins onirique que leur précédent disque « Lonesome dreams » d’où résonne encore ce « End of the earth » impérial qui me les avait fait découvrir et adorer illico-presto, ce nouveau récit de road-movie intime qu’est « Stranger trails » est beaucoup plus ancré dans cette Amérique perdue, cette sauvage plaine où naissaient chaque seconde un héro alors que chaque seconde mourrait un héro. D’un disque a l’autre on pourrait reconnaitre certains protagonistes, un rêveur amoureux, un chevalier au Stetson trop lourd de poussière, des égarés qu’ils promettent approfondir dans des comics, livres et autres supports, mais ces loosers magnifiques et ces Césars dépressifs vieillissent sur les notes, vivent les heures rides a rides sur les mélodies bien plus profondes qu’un vulgaire country, dont la rage et l’anxiété de vivre donne un ton aux chansons, une patine de vieux sur des musiciens modernes, encore neufs et emballés, qui ont, dans la fougue de leur jeunesse et la croyance aveugle qu’il y a encore des merveilles dans les mots, osé entrer dans ces bois denses et chercher sous les fougères, un a un, les petits lutins et les géants affaiblis qui ne croyaient plus aux contes humains, et qui, le temps de cette immense « The yawning grave » redécouvrent la couleur de leurs peaux et la raison des ciels, car si les envolées rockabillies sont légères et finement retouchées pour coller au jour d’aujourd’hui « Meet me in the wood » , je trouve beaucoup plus de fond et forme dans ces ballades telluriques, épiques, et d’une prose puissante, qui donne une idée formidable du potentiel de ce groupe, de l’idéal de son propos cité histoire a histoire dans les voix tristement sages et si agréablement unies de Ben Schneider et Mark Barry, une harmonie quasi Hippie de vieux folkeux somnolents qui rend terriblement bien sur ces voltiges de guitares et ces lourds rythmes. Au même titre que War on drugs ou Phosphorescent, Lord Huron ouvre à nouveau la porte de la musique au monde du rêve, laissant revenir les monstres sous les lits de nos enfants et les cowboys en noir et blanc dans les télévisions de plasma.




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