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Effacer la Mer….posé comme cela, en postulat, cela semble une proposition folle, une illusion…et pourtant....

Il suffit de quelques secondes de « Un Parfum », ouverture en forme de pure poésie chantée a cappella par Orso Jesenska une première fois puis reprise une seconde fois délicatement accompagnée par des ondes martenot pour que ce mirage prenne forme.

Effacer la Mer… Cette mer, qui sait à la fois être, belle, calme, apaisante et pourtant parfois, inquiétante, sombre, tempétueuse, voire dangereuse…Ces contrastes, se retrouvent imprégnés dans la musique et les textes que Orso Jesenska nous tend tel un miroir brandi vers nos vies, nos envies et nos tourments.

Cet équilibre instable entre la légèreté, la lumière, l’espoir d’un coté et un versant plus sombre, dense, dérangeant, Orso Jesenska le réussit avec une élégance et une classe infinie tout au long des 13 morceaux qui composent « Effacer la Mer ».

« Paroles », second morceau du disque, ouvre la voix à la possibilité d’une mélancolie libératrice et lumineuse, que l’on retrouvera également sur « Tempête », « Vivre en somme » (où la voix de Marianne Dissard ajoute encore au pouvoir de séduction du morceau), « Apaisement » (au piano et aux ondes virevoltants) et encore sur « Le Vent » au texte pourtant noir comme un abysse.

« Exilés », placé au cœur du disque, incarne à merveille les compositions musicales plus sombres, denses au charme vénéneux où la « patte » des partenaires Thomas Belhom, Mocke et Bobby Jocky fait merveille et prend toute sa dimension. « Les Vrilles de la Vigne » en est un autre exemple sublime et bouleversant.

« Palabras para Julia », morceau « emprunté » à José Augustin Goytisolo et Paco Ibañez, offre une nouvelle preuve de la capacité de la voix de Orso Jesenska à faire surgir une émotion irrépressible à fort coefficient de lacrimalité instantanée.

« L’ombre descend » offre une conclusion troublante à la fois emprunte de mélancolie aussi tenace que lucide et source d’un espoir inébranlable : « Nous avons été,

Et nous serons amour,

Regarde les,

N’y ont vu que feu

Et nos cœurs étonnés

Ont tenu face au vent,

Au froid

Et aux étés brulants

Evidemment,

L’ombre descend

Et nous avons perdu du temps,

Evidemment, l’ombre descend

Et nous avons perdu du sang »

…Alors, oui, pourquoi ne pas y croire encore à l’âge des possibles, à cette ellipse, ce mirage…ce pouvoir de l’amour, de la musique, de l’art…..effaçons la mer…elle finira bien par revenir, calme ou tempétueuse…nous chercher, nous submerger, comme ce disque qui n’est pas prêt de cesser de nous accompagner avec bienveillance, de nous hanter, « Nous Encore vivants ».

« Ceux-là c’était le temps

Qu’ils ou elles n’avaient plus

Et Regardaient parfois comme

L’on imagine

Le jour qui souvent

Obstinément

Se fige

Retrouvés cette fois

Autour d’une autre tombe

Auprès d’une autre voix

Entre deux ou trois vies,

Nous espérons encore

Avant de disparaître

Se souviennent la bataille

La bataille est perdue ?

Mais le rire arrogant

N’aura jamais raison

Des fantômes et du cœur

De nous encore vivants ».

Artwork album : Brest Brest Brest

Video « Et Nous Encore Vivants » : Greg Bod