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Stephen Duffy ne veut plus de chansons tristes comme Lloyd ne voulait plus de chansons d’amour ou d’autres de slows...

Moi de même, je le suis à l’unisson.

Alors que les chaleurs de juillet s’annoncent sur la ligne d’horizon, que les dépressions des encore semblent vouloir s’apaiser, pour une fois, je veux entrer en trève estivale, laisser aux sans domicile fixe mes tropismes complaisants pour la mélancolie et le cynisme.

Qui mieux que le chanteur des Lilac Time pour m’aider dans ma quête ? Ce gars là, souvent à l’ornière du succès, parfois jouant de malchance, parfois prêtant son talent à d’autres musiciens plus connus comme Robbie Williams au début des années 2000.

Ce projet , The Lilac Time, né à la mi-temps des années 80, reste de ces petits secrets , ces actes de résistance à ne pas se laisser happer par les écoles musicales du moment appelées à ne durer justement qu’un moment.

Cela faisait huit ans que l’on était sans nouvelles du groupe. Quel retour !!! Bon dieu, quel retour !!!

A l’image d’un Roddy Frame et de son Aztec Camera que l’on croyait éteint, à l’image du toujours debout et flamboyant Michael Head...

Se laisser pénétrer des chansons de "No Sad songs" c’est comme se baigner de soleil et de fraîcheur.

De ces années 90, certains retiendront le Shoegazing comme une prolongation de nos années froides, d’autres suivront les traces de Michael Head ou de Paddy McAloon.

D’autres se plairont à tenter de qualifier en quelques noms d’artistes ce qui convoque à nos oreilles nos représentations fantasmées de l’Angleterre.

Certains à monocle vous parleront de Momo et de ses mains dans un gant, d’autres ne jureront que par l’alphabet tordu de XTC quand les plus anciens vénéreront les 4 garçons dans le vent.

Mon Angleterre, c’est celle de The Lilac Time, des (écossais) Blue Nile, des (toujours écossais) Bathers. Cette Angleterre racée et généreuse, lumineuse et clairvoyante.

Un chemin tracé dans les certitudes d’un Dean Martin ou d’un Nat King Cole, dans les évidences d’un Burt Bacharach.

Stephen Duffy, lui, n’écrit pas de chansons tristes, il n’écrit pas non plus de chansons gaies. Il se contrefout allègrement de cela. Il écrit nos moments, la mélancolie du présent appelé à devenir le passé de demain.

Il écrit nos fraîcheurs éternelles, nos joies immortelles, même si rien ne dure, même si tout doit disparaître.

Même si tout se corrompt, si tout rouille et se brouille.

Ces mélancolies douces des fins de fête, ce ciel rouge des soirs de Noel, ces grains de riz oubliés sur le costume élimé du marié.

Là ou d’autres se morfondent, lui court le vert et les orangés.

Ces chansons contiennent ce que vous apportez, ce que vous y inscrivez, ce que vous y laissez.

Savoir profiter de ces instants simples, de ces petites vignettes au bord de l’anecdote et de l’inutile.

Se laisser apprivoiser par la mandoline naïve.

Revoir les enfants qui soulèvent cérémonieusement la robe de la mariée, leurs rires étouffés mêlés à leur timidité.

Se rappeler ses rêves sans revenir au petit carnet noir vierge de nos tables de chevet.Quelque part, à l’intérieur de nous, un endroit sommeille à l’angle de nos impasses, de nos culs de sac

Vous vous rappelez ces plaines à perte de vue, ce vieux car, ces longues étapes sous ces nuages de Western...

La voix de Mark Eitzel dans l’autoradio, ces kilomètres qui défilent.

Vous vous rappelez la dernière fois où vous lui avez dit "Je t’aime" ?

Vous vous rappelez tout ce que vous voudriez lui dire à l’autre ?

Non, vraiment non, vous ne voulez plus de chansons tristes. Retrouver les raisons qui résonnent dans le creux de cette guitare apaisée.

Alors, oui, faisons donc une trève, le temps d’un été, le temps d’une brise, le temps d’un disque... Laissons là les chansons tristes.

Stephen, attends moi, j’arrive...

Je laisse le bleu à la complaisance des hivers à venir, pour un été , je plonge dans le pastel...

http://thelilactime.com/




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