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J’entendrais longtemps les vrombissements internes, le long des peaux sans pouvoir s’échapper par les pores, de ces sons qui ne savent jamais partir a temps, puisqu’ils n’ont ni temps, ni matière apte a vieillir, alors je me réconforte, j’entendrais longtemps ces millions de petits séismes sonores agroupés comme paradis le long de falaises, comme petits enfers jetés en l’air. Il y aura un autre Oklahoma juché sur un Olympe de dieux humains, un monde a l’orée du notre, aux lèvres de nos vies lourdes comme la banalité, il y aura un monde capable de courir de soubresauts en soubresauts dans l’espace vierge entre l’épiderme et la lisse paroi des nerfs, un espace comme une chambre avec vue sur les étoiles et toutes ces panoramiques qui nous font rêver sur l’écran de nos ordinateurs, les beaux pixels. Il y aura un monde ou les rituels seront merveilleuses scènes de tout film d’amour et drames, et poésies impossibles à réciter, mais criées de cages thoraciques en poumons libres. Il y aura la beauté, la simple beauté des cathédrales de fourmis, la simple beauté mathématique des œuvres d’art infimes, de ces mosaïques de millimètres en millimètres, la précision pure de la symphonie, l’endroit précis où la musique se révèle sans limite, éperdue dans les folks et perdue dans les rocks, quelque part où l’hymne classique touche du bruit le garage sauvage, un lieux où`seule parle la magie, sur le long trajet rond de ce disque, la magie des écorces qui tombent, la magie des doigts qui touchent, la magie des yeux éblouis, la magie des ouïes en plein vol. Il y a un monde dans une sphère transparente (là où passe la lumière comme un couteau, là où s’emprisonne la lumière comme dans une photo), il y a un monde dans Other lives.

Rituals n’est pas neuf, mais il m’a fallut si longtemps pour en capter le second degrés, puisque le premier était poésie pure, travail amoureux de Jesse Tabish, Josh Onstott et Jonathon Mooney sur des milliers de détails échappant a nos joies et que l’on n’aurait entrevu sans leurs songes et volontés, Tamer animals, leur précédent disque, avait déjà gravé certaines vallées sur mon facies, me faisant éprouver des allées et venues entre déconcerté et impressionné comme dans un Louvres sans cadres autour des peintures sans frontières aux couleurs, mais Tamer animals n’esquissait qu’une envie, une fois, puis une autre, frôlant la beauté de peur de la caresser, comme un vent chaud survolant la surface d’un lac calme, sans jamais oser toucher pour ne pas avoir a y couler. Tamer animals donnait faim à Gargantua, mais gargantua attendait le jus du fruit, la saveur de la viande, le bois du vin. Gargantua vient s’assoir a table, le rituel de la serviette sur les genoux, et Other lives en grand maître, sur Ritual, de lâcher toutes leurs fragrances, l’arôme de la perfection. Il n’y a sur cette table dont nos peaux sont nappes, que des instruments s’aimant, des scènes de sexes lumineuses entre violons et rythmes, et les mets pleins, emplis de trésors, sont des saveurs qui envolent les chansons sur nos corps, dans l’espace jusqu’alors inhabité entre épiderme et nerf, là où se cachent les émotions qu’on ne sait dire, là où résident les phalanges des dieux humains de l’Olympe de terres américaines, là où prends sa source la force onirique qu’on veut incompréhensible pour la garder éternelle sous nos pores, invieillissables lamentations vers les âmes, jouvences des sens, le plaisir simple du difficile art de composer un tableau pour la postérité de nos jouissances, j’entendrais, j’entendrais longtemps le vrombissement interne d’un orgasme sonore, larmes et lux aeternam.




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