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Je sortais d’une transe due au dernier disque d’asgeir, qui m’avait refilé l’envie de réécouter Sigur Ros et Dead can dance, j’étais donc prédisposé à divaguer encore un peu plus. Les Giboulées de Mars ont cette fichue habitude de rendre marron les jours, ce qui, par logique, fait dériver l’âme vers des éthers, des spleens, des idées comme ça. J’avais une pile de disque à écouter, je savais des trésors de chacun, et des différences de genres qui reposaient dans cet amas merveilleux. Certains rocks de ceux qui forgent les hymnes, certains folks de ceux qui calment toute tempête, et puis certains atypiques, de ceux que j’aime dans ces temps de down tempo, de ralenti émotionnel. Là, dans cette pile de trucs tout beau à écouter dans la pénombre d’une nuit, m’attendait ce fabuleux disque de Mt Wolf (phonétiquement "Mountwolf"). J’avais écris l’année dernière un de mes post sur le réseau basé sur leur thème "Hex", que je retrouve avec plaisir sur ce long play, je savais donc de cette fragile magie qui nourrie leur travail, je savais que je ne serai pas capable de dire un seul blasphème sur leur travail, mais qu’il en émergerait des feuilles et des feuilles d’émotions. Parce que ces gens là, messieurs dames, polissent des diamants dans leurs garages, exercent le doux métier d’orfèvres mages, et, gratuitement, offrent leurs objets précieux a tout passant. Généreux artistes, ils œuvrent comme mineurs de fonds, dénichant couche à couche, strate a strate, le son d’un nerf, ou d’une veine, le frottement d’un os sur la chair, et le bruit impossible de nier du thorax quand un soupir de bonheur l’enfle. Chaque chanson est alors un anneau a nos doigts, une image d’amour, un souvenir de nos menus corps accrochés a nos pères, un premier baiser, la genèse de nos familles, la chaleur, toute simple chaleur, des nôtres. Chaque chanson est un bonheur qui vient se poser sur nos tempes, qui s’y sème, qui s’y repose, et nourri nos sommeils de la beauté que chacun d’entre nous s’invente, si besoin est, si besoin est. C’est une ribambelle de mélodies magiques, légères, profondes, intenses, aptes a soulever nos corps, a flotter nos matières par-dessus la raison, où la voix du récent incorporé Sébastian Fox a su s’imprégner des alcools lumineux des deux fondateurs de ce Walhalla qu’est Mt wolf, Alex Mitchell et Stevie Mc Quinn, frôlant presque le chant religieux ( je suppose qu’on cherche tous notre paradis, et qu’ils en sont conscient, vu qu’ils nous l’enveloppent comme cadeau). Ce disque est un compliment fait a chacun de nous, ils nous flattent d’une manière ou d’une autre, sans hypocrisie, sinon l’art de toucher a chaque auditeur là où la plaie doit se suturer, et je défie tout lecteur de ne pas trembler dans son fort intérieur dans l’un des sons propagés le long de l’objet. Bien sur il y a un fond divin, une idée de croyance, un usage presque religieux du plaisir, sans dieu de corps présent, si ce n’est la chanson même, il y a un fond divin qui n’a de frontière, omniprésent, qui n’a de murs, ni de langue, sinon celle de l’ouïe, celle qu’on n’a pas besoin de connaitre pour la savoir, il y a un fond divin car c’est l’instrument idéal pour percer nos ombres, et trouver la lumière. Une grande messe qui n’a de religion, une concentration, une réunion de poésie, de sens, de réaction cutanée, de frissons sur et autour de nous. Si l’espoir doit être une puissance, ils la composeront "Dorji", si l’espérance se doit d’être paix, ils la scanderont "Soteria", ils font des miracles dans leurs demeures et font des nôtres, les graals où boire le bonheur. J’en fais trop, diront certains, mais en un jour marron, prédestiné a la frivole tristesse, où il est si facile de ne pas admettre qu’un son vous donne le sourire, qu’une chanson colore les parois, il est bon de s’accrocher comme sur un radeau, et de flotter dans l’espoir de la terre promise, et sentir, simplement sentir qu’on est envahi de merveille, que la magie est une mélodie, et que certains ont le don de transmettre généreusement, la clarté de la vie. Bien sur, on retrouve ce dream pop aux accents puissants, ces fils et filles de Brendan Perry, ce shamanisme quasi baroque, ces pensées sensibles d’un Kramies, ces airs d’Islande, de rituels et d’onirisme, des clichés faits sur les douceurs des plages musicales et des houles qui les habite, il ne s’agit pas d’inventer, il s’agit de nous emporter plus loin que là où on est arrivé, ceci, messieurs dames, ceci ils savent aussi le faire, orfèvres dans leurs ateliers a cieux ouverts. Alors voici la messe, voici la fête intérieure, voici la flamme en nous, le feu eternel, et le début d’un jour multicolore, sur le premier sillon de l’ "Intro", et au-delà du dernier sillon de l’ "Exit". A cet endroit de ma chronique, je me rends compte que je ne parle pas d’un disque, sinon d’une beauté, il est parfois difficile de calmer ses envolées, de garder les pieds sur terre, avouer que ceci est une œuvre d’art, pas un chef d’œuvre, mais tout proche.




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