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Quand j’étais plus jeune, une expression revenait souvent quand je devais m’éloigner de chez moi ; les voyages forment la jeunesse. Aussi stupide qu’elle puisse être, cette phrase est presque devenue une phrase sans âme, sans réflexion, oubliant que le voyage n’était pas que le cadeau des vacances, qu’il pouvait être obligatoire, comme une transhumance que nous ferions qu’une fois, sans penser à un retour possible, juste avec le souhait de bien arriver.

"Exile", premier EP de Kerguelen est un hommage poignant et fort à tous ceux qui partent de chez eux, car il y fait toujours nuit, sauf quand le ciel est en feu, lacéré par la folie des hommes.

« L’exode » (on parle d’exode avant de parler d’exile) pourrait être celui pendant l’occupation allemande en France début 1940, rien pour nous situer dans le temps ou le lieu, comme pour mieux le rendre universel. Si le phrasé (Exile 1) n’est pas sans nous rappeler le meilleur de Fauve, le texte lui nous ramène aux textes de certains désemparés comme Hyvernaud. Ce sera dans "l’Aurore" que l’on se rattachera à ces migrants traversant le Tigre et allant à Calais. Si le chant se fait trop démonstratif ici, c’est assurément pour nous déranger, faire resonner les mots pour mieux comprendre la situation. Car entre désespoir et espoir ce n’est pas qu’une question de lettres.

Quand l’espoir lui a déjà fait machine arrière (Exile 2), il est l’heure pour l’Exilé de faire son constat amer, mais aussi de poétiser ce qui reste, les stigmates d’une société spécialisée dans l’enfermement. La triste nostalgie déjà là est ici un parfum que Kerguelen nous fait humer avec force, sans pathos. Dès lors après l’espoir c’est la peur qui l’emporte (Chaque Jour) et cette phrase aux sens multiples, mais à la radicalité libératrice, comme la seule évidence "Chaque putain de jour où Dieu aurait mieux fait de rester coucher"

Loin de la noyade dans une poésie qui diluerait un propos fort, Kerguelen signe un EP qui prend aux tripes, interroge, questionne notre frilosité face à l’innommable et au final nous offre l’une des plus belles phrases pour comprendre l’avant et détester l’après « il n’y a rien de plus beau que la lumière dans les yeux de l’homme qui voit la terre enfin après l’océan ». L’"Exile" forme notre réflexion. Indispensable.




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