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A quarante ans, qu’est-ce qui incite aujourd’hui Miss Kittin à sortir un double album constitué de trente morceaux ? Sans doute le besoin de perpétuellement chercher la prise de risque ou alors cette envie de conjurer la fameuse crise de la quarantaine... Car avec le plantureux « Calling From The Stars », Caroline Hervé se retrouve face à elle-même : pas de The Hacker ni de Glove pour la seconder dans l’écriture comme dans la production. Autant dire que le troisième album de Miss Kittin (si nous exceptons albums de remixes et compilations) est son plus personnel, également son plus complexe bien que les différentes tonalités à l’œuvre ici forment un tout parfaitement cohérent et limpide. Si « Calling From The Stars » se présente en deux galettes distinctes (un disque gorgé de tubes Electroclash, un autre baignant dans l’atmosphérique), le spectre des émotions charriées ne saurait pourtant se restreindre à cette ligne de démarcation (un album pour la bringue, un second en guise d’after).

D’abord car Miss Kittin, à son habitude, expérimente tout autant dans le format couplet / refrain que dans les volutes d’un morceau instrumental avoisinant les sept minutes. Prenons une tuerie dance-floor telle que « Bassline » (premier single de l’album, dont nous recommandons chaudement le remix de Djedjotronic présent sur l’EP du même nom) : à la base, la logique d’une scie destructive, l’assurance de rameuter tous les adeptes sur la piste stroboscope ; mais quel incroyable travail sur les infrabasses (« énaurmes » mais mixées avec retenue et soin), quelle délicatesse dans l’emploi des réverbes (la voix de Caroline ne parait ni synthétique ni totalement naturelle) ! Ensuite, et afin de démentir toute idée de concept-album, Miss Kittin se permet, particulièrement sur le premier disque, une multitude de sensations personnelles et de tonalités différentes. Si « Bassline » ou « Come Into My House » sont bel et bien des merveilles de sophistications synthétiques comme nous aurions aimé en retrouver sur le dernier Depeche Mode, un titre tel que « Night Of Light » évoque explicitement le décès du grand-père de Caroline Hervé. Plus loin, le charmeur « Maneki Neko » tire louange au chat que l’artiste s’est fait tatouer sur le dos (« my little cat behind my back »). Un clin d’œil à Eurythmics ici (« Sweet Dreams (Are Made Of This) », cité sur « Eleven »), un hommage à Michael Stipe par-là (reprise épurée et très émouvante du déjà lacrymal « Everybody Hurts »), les ambiances et les tempos (souvent ralentis) se succèdent avec une façon amicale de s’offrir à nue, sans fard, dans le sérieux comme le badinage.

Pour conclure, avouons que les précédentes sorties de Miss Kittin nous avaient un peu laissé sur la faim. Supérieure à la moyenne, toujours foutrement habitée car personnelle quoi qu’il advienne, la musique de Caroline, ces dernières années, semblait pourtant moins cruciale, moins décisive qu’à l’époque de « I Com » (2004, déjà). Peut-être car, en alignant les live, les bootlegs, les remixes ou une prestation en première partie de… Indochine (dont Caroline reprit certes « Troisième Sexe » mais tout de même), Miss Kittin semblait devenir bien plus une icône qu’une musicienne accomplie, plus une marque Electroclash (dont elle inventa les préceptes) que la grande songwriteuse qu’elle est véritablement. Ce n’est pas le moindre de ses mérites mais « Calling From The Stars », disque accoutumance, rappelle calmement, avec pour seule arme l’évidence de l’écriture, à quel point Miss Kittin / Caroline Hervé est une artiste de la plus haute importance. Et une des plus généreuses, également (trente titres, rien à jeter !)




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