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Pour le profane que je suis, ne connaissant que le dernier album qui était une auberge espagnol, sympathique, mais roborative, Laudanum était le groupe de Matthieu Malon, que je pouvais trouver au rayon électro et ses dérivés. Les machines étaient les amis de Matthieu, et Matthieu rendait à celles ci le pouvoir de lire de la poésie, sans passer par le printemps des poètes adoré par la RATP quand elle ne sait plus vendre le bonheur du transport autrement que par la prose des usagers. Comme pour ne pas désorienter les auditeurs occasionnels comme moi, « drekjnd#1 » est placé d’entrée, histoire que la transition ne soit pas trop violente. Mais les machines vont rapidement laisser place à quelque chose de plus organique. Laudanum, transforme son côté organique, en quelque chose de physique de charnelle, comme si l’on pouvait palper des sons. Avec « Losing Focus », s’abat sur nous l’ombre du scarabée de Massive Attack, un insecte sous Dopamine qui trouverait la lumière après une déflagration inquiétante. Les choses reprendront de plus belle avec « Dopamin », un instrumental qui trouve une partie de son ferment dans les années 80 de Cure, morceau qui sera découpé par des guitares aiguisées. L’autodestruction, un maitre mot, comme en témoignent les boucles de « Bada Bing », s’éclatant sous nos yeux, avant de poser ses particules stellaires et ombrageuses dans une arrière salle. Plus direct, « No One Else On Earth » laissent les six cordes tout défoncer sur leurs passages, pendant que des « papapa » assouplissent l’atmosphère. « Decades » venaient d’imposer sous nos yeux ébahis une rencontre entre Brian Eno et Bob Mould sous le haut patronage de Bernard Summer et l’ombre furtive mais importante de Aidan Moffat et Malcolm Middleton. Les guitares au pouvoir (si l’on excepte « We Are Not An Open Book » morceau dont les notes de piano trotte dans nos têtes) jusque dans « Birth School Work Death » morceau de fin impeccable duquel des violons pointent leur nez comme la scène de fin d’un drame épique. « Decades » est finalement un disque physique, avec une musique moins rentrée sur elle, qui semble exploser du corps même de son auteur.