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Quelques années après « Sec » qui faisait écho au meilleur de Diabologum, où au Non-Stop perdu de vue depuis, 1=0 est de retour avec le bouillant « Forteresse ». Le groupe n’a rien perdu de son verbe, de sa façon particulière de chanter, un spoken word craché, éructé. Même si cela fait mal, que les hauts le cœur peuvent pointer leur nez, c’est un doigt qui est pointé, le doigt d’une main sortant de la bouche. Après nous avoir étranglé, le groupe ne fait pas dans la demi mesure, il pointe, il harangue, cassant les murs ignobles que des maçons comme Guéant ou Hortefeux (« Tue Le » comme votre pire cauchemar) ont pu ériger avec un liant puant. Tout est au diapason des paroles. Ici la guitare est une arme de destruction massive, elle brouille le chant de vision des assaillants, derrière la basse bourdonne et la batterie pilonne. En quatre titres 1=0 ne déclare pas la guerre, il le fait jusque sur scène (Mossoul). Le verbe est haut, même si parfois les verbes sont absents (Mossoul) pour mieux sentir l’urgence des mots (maux), installant une tension et une violence intérieure rare, un quasi documentaire dont les images nous arrivent en pleine tronche comme des directs du droit de Tyson. On parlera de rap par facilité alors que le débit n’est pas le fruit d’un style, il se justifie par le texte comme sur les chansons jumelles (Forteresse / Baisse Ta Garde) qui se suivent mais ne se répondent pas, on parlera plus de rock blanc (pas la couleur Messieurs les ex ministre) car froid et immaculé. On sent une empreinte, elle s’impose même dans le texte, pas tout à fait comme un étendard mais comme un fil à la trame de ce EP. Diabologum avait choisi Debord, 1=0 pioche chez Camus, y va à grand coup, se saigne pour y sortir ce qu’il y a de plus fort, de plus brillant pour que le reflet de notre société nous explose une bonne pour toute à la tronche. Pour finir avec Camus d’ailleurs, il disait dans « L’étranger » « L’absurdité est surtout le divorce de l’homme et du monde », 1=0 essaye de nous vacciner et de nous soigner de ce mal en nous inoculant la peste qui cultive cette séparation.