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Donner une suite à Moonless...sacrée mission. Commencer une chronique en parlant d’un autre disque, en voilà une idée...Mais bon, il fallait en rappeler l’existence et dire à ceux qui ne l’ont pas écouté de rattraper le coup ! Qui est Reza, sinon le plus américain des songwriters français ? Ses escapades ont fait que les sonorités de ses albums ne sont pas juste le résultat de l’imagination, mais de l’observation et du vécu des grands espaces qu’il nous retranscrit à merveille. Et avec Supermaan, il remet le cap plein ouest, nous embarquant au passage. Premier constat, il a réussit le difficile challenge d’être à la hauteur de Moonless. Sans pour autant faire Moonless 2. On reconnaît le son, la patte, la voix chaude au timbre hypnotique, rappelant par certains aspects, notamment dans la façon d’être posée, Leonard Cohen, Bill Callahan. Mais il se dégage de Supermaan une sorte de lumière diffuse. L’artwork est une piste pour aborder ce disque composé de 10 morceaux où Reza développe son sens aiguisé de la mélodie et du refrain, le tout servi par un son exceptionnel, large, la guitare électrique résonnant à merveille, se perdant avec cette reverb dans les recoins d’un grand canyon qu’on pourrait presque voir, ses notes emportées par un vent des grandes plaines que je crois sentir à chaque écoute. On pourrait évoquer d’autres noms, de ceux dont transpirent un songwriting naturel, avec une touche bien americana, par exemple Jason Molina, Bonnie Prince Billy... Reza sonne ici moins torturé, et même s’il est toujours ombrageux et mélancolique, son nouvel album amène vers une lumière légère mais certaine. Le genre d’album qui, outre atlantique, aurait un accueil énorme. Puisse notre pays accueillir comme il se doit cet orphelin apatride dont le regard se tourne vers d’autres terres, ces terres qu’il nous décrit dès "Playground", belle invitation au départ, en douceur, au bord du murmure, avec cette spatialisation du son si large. On a le droit a de vrais "tubes" comme avec le second morceau et sa montée en intensité (émotionnelle) vers un refrain simplement excellent. "Life goes" est somptueux, le duo avec la toujours bienvenue Isabelle Casier fonctionnant à merveille. Avec "Minus two", Reza nous fait découvrir d’autres aspects de sa voix, dont le timbre est un de ses meilleurs atouts, pour servir au mieux le texte. Pour la suite, et bien c’est toujours ce songwriting raffiné qui nous guide, et cet accompagnement toujours aux petits soins par des musiciens qui ont tout compris à la pertinence. Prenez "Gone for good" et son couplet folk, suivi par ce refrain apaisé/apaisant, où le groupe a le talent de concentrer en moins de trois minutes une écriture musicale limpide, et un mixage des sonorités judicieux, ouvrant son refrain en élargissant le son, usant juste ce qu’il faut de chœurs pour relever le tout en discrétion. "Shame on you" offre un refrain plus entraîné (toujours en parfaite adéquation avec les mots), lorgnant vers la pop, puis laissant s’échapper une guitare dans une partie lead assez folle, tout en restant tamisée. C’est peut être un des compromis qui définit au mieux ce disque. Chaque titre est excellent, chaque texte mérite une lecture attentive avec musique à l’appui, comme la B.O des mots. "Flying girl II" est un titre au tempo plus rapide, pour une ambiance proche d’un certain Nick Cave, avec un clavier cinglé sur un rythme de batterie entêtant. Genre de passage western alambiqué. "The killer" termine le disque en parfaite antithèse. D’abord avec le morceau qui le précède, et ensuite entre son texte noir digne d’un Murder Ballads (d’un des suscités) et sa musique calme, douce, mais teintée de désespoir, surtout quand elle est appuyée par ce slide à la Ry Cooder. Mais dites moi, je n’aurais pas cité que des disques de folie ? Et bien si et je dis bienvenue à Supermaan dans cette famille que j’aime voir s’agrandir. Pour finir, je dirai merci d’avoir répondu à mes attentes, d’avoir sorti un album qui figurera parmi mes coups de cœur et me suivra partout dans mes pérégrinations. Merci aussi aux labels French Toast et Microcultures (ainsi qu’aux microcultivateurs) pour leurs productions. Supermaan vous touchera profondément avec son propos concis qui explore tant en trente minutes et quelques. On le remet vite au début pour reprendre le voyage.

Barclau




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