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De culture Pop, je me suis crée un imaginaire qui puisait tout autant au romantisme noir de Ian Curtis, à l’hystérie muette de Robert Smith, à l’évidente ligne claire d’un Michael Head...

En vieillissant, je tends à m’éloigner de ces formats pour privilégier ces artistes qui explorent les chemins de croisée, les confluents, des terra incognita... Comme un Chris Hooson (Dakota Suite) au désespoir si humain, le spleen de Moinho, la tristesse déchirante de Tim Hecker, les racines ancrées dans le présent de June et Jim, les méandres d’Imagho, la force dramatique de Gorecki...

J’aime ces musiques savantes quand elles se jouent de et avec une virtuosité sensible... J’aime ces musiques jamais intimidantes qui n’oublient jamais dans un geste de modestie sublime de vous accompagner dans les dédales de leurs contrepoints.

J’aime ces musiques au vocabulaire à inventer, des rituels et des langues nouvelles à révéler...

J’aime ces musiques qui sont en frontière avec la grande musique classique, parfois méprisées par les connaisseurs la jugeant trop facile ou par ceux qui lui préfèrent la Pop et la trouvent trop abstraite...

J’aime ces musiques de cul entre deux chaises, bancales...

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, j’aime le label Brocoli à l’identité expérimentale mais dans cette idée d’expérimenter, de jouer avec le son comme un enfant avec de la glaise ou de la pâte à modeler...Ce label Brocoli qui a compris qu’être savant n’implique pas d’être hermétique...

Est-il nécessaire de rappeler tout le bien que je pense de Minizza et de son "A Rebours", de Sylvain Chauveau, de Rainier Lericolais...?

"La Chambre Claire" de Quentin Sirjacq est une porte ouverte, accueillante... C’est les retrouvailles avec un ami sur un quai de gare...

C’est la mère qui tend son sein à l’enfant... C’est l’enfant qui retrouve le délice chaud du lait qui coule dans sa gorge... C’est ce moment de fatigue calme après les larmes...

C’est l’attirance du vide du haut de la falaise, cette sensation imminente d’être vivant, palpitant... C’est ces multitudes de détails inventifs dans "Car je cherche le vide".

C’est ce piano fin de siècle, dans ces ruelles obscures où nous croisons les ombres de Marcel Proust ou de Reynaldo Hahn avec les chants légers du cabaret d’en face ("Et le noir").

Mille fois, je suis revenu à ce disque de chevet et à "Et le nu", mille fois, j’y ai découvert de nouveaux éléments avec la résurrection d’un Nino Rota famélique mais éternel ("Mais les ténèbres sont elles-mêmes...") accompagnent ces moments inconfortables d’entre deux où le doute est maître, où tous les jours sonnent comme des dimanches pluvieux...

Le personnage esquissé dans la peinture sort du cadre et nous parle du fond de son silence ténu comme une corde de survie distendue ("Des toiles qui vivent").

"La Chambre Claire" n’est jamais dans le parti de la désespérance, il y a toujours de la lumière dans les recoins de cette pièce ("Jaillissant de mon œil")

"Par milliers" ou comment dialoguer avec le néant et le non-dit...

"Des êtres disparus" prend des teintes de requiem monochrome et humble de nos souffrances du banal et du quotidien quand "Aux regards familiers" nous ramènera toujours à la main chaude de notre mère qui nous accompagne au parc pour retrouver l’ivresse tranquille et inoffensive du tourniquet, le vertige heureux du toboggan...

www.quentinsirjacq.com/‎

www.brocoli.org/‎




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