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Micah P. Hinson est un type étonnant. En 2005 lorsque j’achetais son premier album, quelle double gifle j’ai prise ! Musicale d’abord. Un album aussi fort que sobre que ce soit d’un point de vue mélodique, esthétique, ou des textes. Entrée fracassante !

La seconde gifle fût d’apprendre que ce mec avait la vingtaine quand sa voix semblait dire qu’il avait tout vécu. Pas si faux, son timbre fut buriné par un impressionnant cumul d’épreuves pour un si jeune type (prison, addiction, fuite, rue...).

Et voilà qu’en 2011 il en rajoute un à son palmarès, prenant sur ses épaules la malchance que d’autres n’auront pas. On pensait qu’il capitulerait face à ce destin pernicieux. Mais non, Hinson est un être de poisse. Et le voici revenu tel le cactus, fleurissant mieux à mesure que l’eau manque. Traces du Texas qu’il évoque dans "on the way home" ?

Comment décrire sa musique ? Si ça paraît simple c’est en fait très complexe car c’est un ressenti particulier. Au final je serais bien emmerdé si je devais vous décrire ce disque. Par peur de vous envoyer à des clichés américains et rétro alors que Hinson se situe toujours très habilement à leur frontière, avec une certaine ironie tendre. C’est vraiment d’habileté qu’il s’agit, virant parfois au dépoussiérage esthétique. Bien sûr, son timbre ferait tout accepter, mais il ne s’y limite pas. Violent country est bien ce qui lui va le mieux ! Le son est chaud tout comme ces orchestrations faîtes par des musiciens locaux en Espagne (conjuration du mauvais sort ?) lors des sessions d’enregistrement.

Disons le tout de suite, cet album est un sans faute de plus à son nom (il en a fait un autre avec "The Late Cord").

On commence de façon détonante par "How are you, just a dream", sorte de violent rock’n’roll poussé à l’extrême. "On the way home" prend le précédent titre à revers par son calme salvateur aux saveurs americana, bien sûr accentuées par la douceur du slide. Un diptyque inaugural qui semble résumer les dernières années de sa vie.

"The one to save you now" permet à la voix de Micah d’user de tout son charme sur nous sans jamais tomber dans une parodie de crooner. En fait c’est ça qui m’a toujours scotché chez lui. Il peut tout faire sans jamais être ridicule. Rien ne lui est impossible. Son œuvre se construit en dehors du temps, des modes, des attentes, narguant les notions de moderne et de désuet avec une talentueuse effronterie, ou une ignorance qui n’a d’égale que la beauté dégagée par ce mépris. Avec "I ain’t movin" je retrouve celui qui m’a fait tomber dans "Micah P Hinson and the Gospel of progress". "The same old shit" est typiquement dans cette ironie avec son thème soooo country tout comme "there’s only one name". Kentucky fucked chicken...Le titre suivant entérine l’impression avec ce magnifique pedalsteel. Non papa, c’est pas Eddy Mitchell. C’est son contraire !!!

"Sons or USSR" offre de belles sonorités à ces paysages en friche qu’il aime tant domestiquer. La dimension des textes est importante bien sûr, et elle est aussi indissociable de sa musique qu’elle l’est pour Nick Cave. Aussi "God is good" est touchant tout comme "The quill", mettant à nu espoirs et doutes, désillusions complètes et résignations. Après tout, on peut aller au casse pipe avec le sourire aussi, alors on se quitte sur un "Love wait for me" guilleret, façon Hinson, jamais très clair.




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