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Baptiste, Alma, deux noms surannés et pourtant deux jeunes auteurs compositeurs de notre temps. Que de chemin parcouru depuis le 1er EP, "Quitter l’enfance" de Baptiste Walker Hamon cité en ces lignes , sa présence et celle de son acolyte et amie Alma Forrer sur la compilation ADA Volume 33 mais aussi chez nos amis de La Souterraine

C’est sûr, ils ne seront jamais des têtes de gondole, ils seront ces petits frères, ces petites soeurs dont on est tellement fiers. Alors Baptiste, dans ton premier Ep, tu nous invitais à quitter l’enfance, à quitter ton enfance. Tu nous reviens avec cette évocation de la grande Guerre, de ces encore presqu’enfants envoyés au casse-pipe et qui errent à tout jamais entre deux âges dans les no man’s land cabossés par la mitraille et les obus. Pour toi, tout a commencé avec cette découverte fortuite de ce vieux manuscrit de ton arrière-grand père qui racontait SA guerre. Il y aura encore cette découverte de ce poème d’Alan Seeger, oncle de Pete Seeger, de son expérience de ce que fut 14-18.

Pour toi, tout commence comme cela presque par accident avec cette évocation étrange de la Grande Guerre à mi chemin entre ce folk des Seventies qui te hante et la gouaille de la chanson réaliste, ces fulgurances que l’on retrouve dans le Voyage de Bardamu.("Tranchées") A nouveau, ton pote Bobby est là, ton double imaginaire, idéalisé, presqu’un homme, plus tout à fait un enfant ("Bobby Déserteur"). Baptiste, c’est marrant cette manière de faire se confronter des cultures comme ce patronyme que tu portes Walker Hamon ? Mêler le folk américain à cette thématique si française, c’est quelque part redonner son caractère mondiale à cette guerre. Mais un mondial de l’individu face à la masse anonyme. Faire se bousculer "La Chambre des officiers" et "Johnny Got His Gun".

Nous sommes tous de ces chants des tranchées, loin des hymnes, des "Marseillaise" assassines.Nous sommes de cette messe sépulcrale, de ce requiem des moins que rien, des déjà oubliés car bien trop communs.

Ne vieillis pas, Baptiste, car tu as cette qualité de la jeunesse, le culot !!! Oser reprendre cette vieille idée ringardisée injustement, méprisée de l’album concept. Toi, Baptiste, tu as bien compris que les enjeux étaient ailleurs dans cette envie de raconter, de mettre en scène une histoire. Du culot, tu en as à revendre, comme d’adapter ce poème d’Alan Seeger, "I Have a Rendez vous with Death" considérés comme un des grands textes de la littérature américaine... Il fallait oser, tu as osé.

Sans doute te rêves-tu en Whitman, en Cohen, un peu comme les voisins musicaux Sammy Decoster et Fabien Guidollet (Verone/Facteurs Chevaux)... Pour autant, tu n’oublies pas tes incunables, tes héros, tes marque-pages collés dans le dictionnaire de tes émotions, Glenn Campbell, Mickey Newbury mais en y intégrant toujours ta culture française.("Hindenbourg")

Tu es rétro mais dans le sens noble du terme, rétro oui mais pas rétrograde. Ce qui t’intéresse, c’est le trivial. Attention, quand je dis "Trivial", ne traduis pas ou ne comprends pas "Vulgaire", non je parle de ce trivial plus comme le commun des mortels, le particulier, le singulier qui finalement est juste universel, trivial mais tellement humain en somme, tellement nous.

Baptiste, dans ton premier EP, tu nous disais qu’il te fallait quitter l’enfance, alors quitte là doucement, sur la pointe des pieds. Grandis doucement,prends ton temps, conserve cette fraîcheur, cette allant si contagieux...

Moi je retourne dans les tranchées aux côtés de Bobby, d’Alan, de Céline qui ballade son désespoir, de Barbusse qui se réchauffe à son feu. Cette nuit, les rafales se sont tues pour un moment de répit qui ne durera pas. Nous oublions ces images atroces qui nous hantent en chantant, en faisant corps avant de sombrer. Ces chansons là , ce sont les tiennes, mais déjà de l’autre côté de la ligne, les obus recommencent à fuser comme le réveil des oiseaux au petit matin. Comme tant d’autres, je ne peux que marcher vers mon destin.

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