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Gerald va bien pouvoir encore se gausser de moi. En effet, entre mon saint patron des veufs, des éplorés, des dépressifs et des mélomanes (redondance ?) et mon humble personne se joue une joute verbale sur ma capacité à trouver un énième nouveau disque de l’année tous les 30 secondes. D’abord ce n’est pas vrai, enfin pas vraiment... Bon peut-être un peu, oui bon d’accord...C’est vrai !!!! Voila, c’est dit.

Je suis un cœur d’artichaut qui tombe amoureux de la musique quand elle est bien troussée.Je ne résiste pas longtemps à une voix éraillée ni à la dissonance d’une guitare, je suis fait comme cela et je ne pourrai pas me changer.

Je suis constitué d’un mince pourcentage de raison mais d’une trop grosse dose d’enthousiasme. Alors je la partage cette dose là, avec mes proches et avec toi qui me lis.

Avec Rey Villalobos, le moins que l’on puisse dire c’est que je récupère le temps perdu. Ayant découvert il y a peu son premier album, "Fold In The Wind" sorti en 2011 qui ne quitte plus mes oreilles.

Je finis par me rendre compte qu’il existe un second album paru il y a peu , le beau "Daughter Of The Sea".

Rien de neuf sous les nouveaux cieux de House Of Wolves et tant mieux... La même atmosphère d’androgynie et de rupture ténue.

Comme on se plait à entendre le craquement du tabouret sur lequel se tient un virtuose au piano, sans doute car cela le rend plus humain, comme on se sent guidé par le chant imperceptible de Glenn Gould jouant les variations Goldberg, il y a quelque chose de rassurant à entendre le chant des oiseaux en arrière de la guitare de Rey. N’y voyez pas un nouveau geste Lo Fi, ou une production bricolée avec des bouts de ficelle.

Entendre le chant de ces oiseaux nous place au cœur de ces chansons. Nous sommes dans les lieux avec lui, nous tentons de deviner ces pièces. C’est forcément une chambre avec une large fenêtre ouverte.

Au dehors dans l’arbre qui vient caresser le flanc de la maison, d’un nid bruissent quelques bruits.

Certains peignent la lumière, la verdoyance de la Provence.

Certains peignent les sons, par petites touches. De Nick Drake à Migala.

Certains peignent les rythmes de la vie avec cette pertinence de ceux qui ont compris.

Rey, tu nous offres des objets d’écoute, ces constitutions de nous mêmes,

Rey, tu nous promets de belles choses à venir, faire percevoir le battement d’ailes des papillons qui viennent se brûler dans les phares.

Gerald, toi qui ris encore quand je m’enthousiasme pour une de mes découvertes, résisteras-tu à la matière friable , à la dramaturgie des réels de ce "Daughter Of The Sea". ?

Centré autour d’un piano ou d’une guitare, ces huit titres sonnent comme des éloges funèbres joyeuses, comme des vœux caduques.

Autant "Fold In The Wind" laissait passer quelques influences, Mark Linkous en tête,autant "Daughter Of The Sea" brouille les cartes du tendre.

Il y a ces musiques qui nous imposent les départs douloureux sans retour possible. Rey Villalobos nous impose la contemplation apaisée comme seule Nina Simone savait nous l’offrir et parfois Antony Hegarty dans ses meilleurs moments ("The Snow Abides" avec Michael Cashmore).

Rey, tu partages les mêmes paysages sonores, tu partages ce même lyrisme qui ne dit pas son nom.

Rey, tu m’arraches le cœur, encore et encore.

J’observais hier une de mes filles qu t’écoutait, sa tête posée entre ses mains. Elle ne comprenait pas tes mots, elle n’a pas encore compris que notre monde est le lot de nos imperfections, qu’il est la mise au tombeau de ce que nous aurions aimé être. Elle a les fraîcheurs de ces herbes folles que nul ne traverse.

Un instant, nos regards se sont croisés, un instant. J’ai compris. Malgré ta langue qui n’est pas la sienne, ma fille t’avait compris dans ce qui la constitue dans sa profondeur que je n’atteins jamais.

Alors Gerald, mon saint patron, tu peux bien te moquer de mes albums de l’année de chaque trente secondes,de mon enthousiasme qui déborde de mes pores, car finalement ils viennent provoquer des traits d’union avec ces petits moments complices que je partage parfois, de temps en temps, précieusement avec mes filles, encore égarées dans la protection de leur enfance trop courte, bien trop courte.

"Daughter Of The Sea" par House Of Wolves mon nouvel album de l’année, rendez-vous dans 30 secondes mais aussi assurément dans quelques mois dans le classement de mes albums fondamentaux de l’année 2015.

"I’m sick of all the time and i’m tired all the time

and i wanted you to know your time has come

swallowed your past, doesn’t it hurt

followed your heart, was it all for fun

buried your soul, unfilled yourself

laid it on your mountains, warm with yourself

just try and erase her, unchanges the question

just shy of survival, raises all of your guns

just try and erase her, abandon your outcome

then tell me you’re nothing, your time has come

oh your time has come"

http://houseofwolvesmusic.com/




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