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Avoir le sens du timing. Prendre une date et la faire résonner. Rome Buyce Night est de retour. 5 ans. 5 années depuis Ann Arbor. L’oiseau qui était aux aguets. Un oiseau presque apprivoisé qui s’approchait de nous, la méfiance dans un coin de la tête, l’assurance d’être bien accueillit prenant le reste de l’espace.

Rouge il était. Ce rouge, frère de la colère, mais surtout camarade du feu, de ce feu qui accompagne la vie, de cette vie qu’il faut arpenter avec force, pugnacité en cherchant tel un pachyderme les points d’eau pour survivre, redessinant les cartes, quitte à sortir du cadre, quitte à fonder une nouvelle religion, un nouveau lieu de culte, d’entrer dans ce « The Indian Castle of Marocco » pour une nouvelle ère.

Ne cherchez pas le sens, ne cherchez pas les clefs. Ne cherchez pas un guide, spirituel ou non, avancez, fier, droit, et avancez. Laissez vous porter ici nul besoin d’essayer de prendre sa mémoire à défaut, elle pourrait vous jouer un vilain tour, et vous perdre pour mieux jouer avec vous, accélérant le tourbillon d’un pays des possibles qui est l’image contraire absolue du pays des faiseurs poseurs et autre raconteurs.

Venez vous perdre, jouez avec les sons. Détricotez ce que vous savez ou que vous croyez savoir, la mémoire va s’amuser. Enlevez aux mots les attirances d’aimant sclérosant et lancez les en l’air, ils coloreront le ciel, et ils toucheront les étoiles, avec la poussières vous pourrez mettre de la lumière dans vos cheveux.

Regardez les sons se perdre. Jouez à cache cache avec eux. Ils sont rieurs, joueurs mais aussi impressionnants. Ils ne s’amalgament pas totalement, ils vivent, chacun dans sa chambre, la salle de jeu de Rome Buyce Night est là quand le sommeil doit se faire absent. Le jeu n’a pas de règle, trouver une sortie une possible fin. Cette fin est pour nous, car tout cela pourrait continuer, mais il fallait rentrer en contact, présenter, communiquer sans altérer la notion même d’immédiateté et de respiration.

C’est un élan de fraternité musicale. La marche guidé par l’esprit, les yeux fermés le temps d’une dérobade hédoniste, créant des étoiles filantes aux représentations multiples, comme des actrices réclamées par un ciel qui répond à son public. La photo n’est pas qu’une image, l’image n’est pas immobile, tout avance dans un élan qui jouerait avec la perpétuité, s’en amusant.

Qu’est ce qu’un disque si ce n’est la fascination et la fixation pour l’éternité. Rome Buyce Night explose ce carcan, se délectant sans jamais le montrer, du tour qu’il est en train de nous jouer. Nous sommes ivres, ils sont inconscients de l’état dans lequel ils nous mettent, mais nous restons dans ce sanctuaire qui s’ouvre au quatre vents.

Rouge de plaisir. Rouge de gourmandise rassasiée. Rouge de l’état dans lequel nous nous trouvons. Rouge comme l’Éléphant Bleu qui semble barrir et donner le change aux chanteurs mélancoliques. Rouge comme ce cœur qui bat, oui celui là. Rouge comme ce disque.

Freedom crierait celui qui a des chaines, juste plaisir crieront les membres de Rome Buyce Night un soir, sous les étoiles, ne cherchant le repos pour mieux le contrarier et pour lui dire qu’il serait temps de profiter du temps qui défile, le cimetière attendra.

Disque pachydermique, un éléphant de porcelaine, comme l’emblème d’une sagesse musicale dévoreuse des espaces et génératrice de plaisir. Le pays des possibles……sens du timing.