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Je ne vais pas vous mentir, à priori je n’avais pas envie d’écouter ce disque. Il n’était pas dans les priorités. Déjà il n’était pas physiquement sur ma pile de retard, juste dématerialisé. Ensuite la pochette me faisait craindre un truc trop dark, et en ce moment nous avons plus besoin d’amour, des bisous nous en voulons tous les jours, oui c’est comme ça.

Et puis, loin ma chaine Hi Fi je pouvais piocher dans les wagons de MP3 tombés depuis la rentrée, de quoi ensevelir sans aucun problème, même le melon à dégonfler du vainqueur d’un radio crochet sur France 3 Nord Pas de Calais Picardie. Et je suis tombé sur Giirls. Déjà je décidais d’appeler mon ophtalmo pour un rendez vous, doutant de ma lecture de prêt, avant de m’apercevoir sur le mail comprenant la feuille de presse, que le double i, n’était pas une coquille, mais bien une coquetterie, à la fois pour éviter de se retrouver avec comme tête de gondole sur Google d’une version américaine du site de Jacky et Michel suite à une recherche de Girls, ou bien d’être confondu avec le très surestimé groupe Girls qui avait poussé le vice en appelant son premier LP, « Album ».

Girls nous arrive de Rennes en autoproduction, mais il nous arriverait de Manchester sur le label Creation, il serait déjà programmé au Festival des Inrocks, il serait un récurant des coming next des émissions de Canal Bolloré, et je suis prêt à parier ma chemise à un cadre d’Air France que la petite tête derrière ce grand projet aurait déjà un numéro de téléphone, clef magique pour une bonne partie de ce que fait la musique intergalactique (y a bien de l’eau sur Mars, rêvons donc de l’univers).

Mais il vient de Rennes en autoproduction, et pourtant ce EP est une tuerie, une machine addictive, une transe mystique, une danse festive au milieu des morts, ou une danse macabre au milieu des vivants. Une hallucination auditive, un kaléidoscope dans les brumes antiques d’un Shoegaze en plein coït avec le Post-Punk, la réunification des deux Allemagnes à grand coup de beat pour fracasser les murs, une balade sur autoroute avec les radars comme derviches tourneur, un train fantôme aussi chaud que la neige d’un glacier millénaire, la perte des repères sensorielles pour se laisser prendre de partout, une langueur cosmique pour se bruler face aux étoiles, la fin de l’attraction terrestre, le début d’un discours avec les fantômes sans guéridon mais avec une planche de surf futuriste.

Les six titres sont six univers qui sont propres à Giirls, même si nous aurons un bémol sur « Leave_Home » peut être trop prêt de l’univers des frères chimiques, même si Giirls y invite une voix d’outre tombe qui aurait séquestré l’ensemble des chanteuses diaphanes des grandes années du shoegaze. Des vagues, de l’écho, de la danse, tout est annoncé, et rien ne sera galvaudé. Les rencontres sont comme des offrandes, une sorte de grand échiquier, voyant des choses aussi improbables que la rencontre entre Cure, le Gang of Four chez Death in Vegas. Les rencontres sont multiples et toujours réussies, presque irréelles.

Impossible de quitter ce disque vers lequel j’avais du mal à aller, un disque auquel vous aurez du mal à échapper, une bombe atomique, une cure sonique, rêveuse et dansante dans le cimetière encore fumant de l’after punk. Enorme.




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