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Je me souviens du jour pendant lequel mon grand père avait dû dépenser l’équivalent d’une semaine de salaire dans la fabrique de pneu dans laquelle il travaillait. Heureux d’avoir entre les mains cet appareil génial qui développait les photos instantanément. Certes les couleurs n’étaient pas géniales, mais le bonheur de figer les instants et de les exposer instantanément en dessous de la télé noir et blanc était grand.

Le polaroid, madeleine de nos enfances giscardiennes retrouve une seconde jeunesse en cette période sans autre repère qu’une fuite vers le chaos. C’est peut être pour cette raison que Lilimarche reprend le principe même, réalisant des chansons polaroids. Sauf que contrairement aux photos que réalisait mon grand père, les couleurs de ces chansons sont belles et elles ne passent pas à la lumière. Elles sont tout à la fois celle de la mélancolie sur la très belle ouverture de « Camille », une chanson que l’on imagine interprétée par Lilimarche comme un funambule, à peine tenue par des notes distantes l’accompagnant dans son périple, comme des oiseaux amis et tremblant face à tant de risque. On pense à Maissiat pour le cousinage ainsi qu’à Pauline Croze.

Sans transition viendra “l’Amour d’été” que nous avions découvert via un clip qui nous fera dire : (une chanson sur l’amour avec le mot œsophage est automatiquement une chanson facétieuse) le tube de l’hiver. Entre Barbara Carlotti et Muriel Moreno. Un mois après nous ne changeons pas une ligne. Arrive alors « Flashball » petite pépite douce amer à l’écriture ciselée, une photo d’Helmut Newton qui sortirait d’un appareil offrant en plus des légendes cinglantes sur les travers ainsi photographiés. C’est à « François » ensuite de passer entre les mains et les mots et la musique de Lilimarche. Décidément pas en veine les François en ce moment, si sur un il pleut tout le temps, chez celui ci il gèle à l’intérieur pour que ça givre sur son cœur. De là à transposer Martine Aubry à la place de Lilimarche il y a un pas que je vais m’interdire de faire, car les polaroïds ne supportent pas la médiocrité, et encore moins quand ce sont des chansons d’une telle finesse.

Lilimarche dispose ses chansons avec une fausse nonchalance cachant mal une écriture d’une précision rare. Vivement la suite, pour des chansons grands angles non dénuées d’humour, sur les affres de l’amour dans ce qu’il a de plus intime.




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