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Specific recordings aura amené doucement et donc intelligemment la chose. Ce Noisy Killer arrive après une série de disques qui explorait diverses facettes de la musique nippone, et nous faisait déjà découvrir les facéties de HijoKaidan avec Bis Kaidan. En quelque sorte, c’était comme un chemin éducatif pour nous préparer à cette nouvelle sortie. Car oui, il faut être prêt, s’attendre à tout quand on pose l’album. Ne vérifiez pas votre cellule, elle va bien. Mais Hijo Kaidan aime quand tout déraille et prend un plaisir jouissif et communicatif à torturer ces 9 reprises à la manière d’un Takashi Miike. Dans cette audition, la distorsion est un langage et non un parasite. Aux sources du concept il y a un duo qu’on dira improbable. Et pourtant...HijoKaidan a choisi Hatsune Miku comme vocaloiste (néologisme, ne cherchez pas. Hatsune Miku est un vocaloid, l’icône aux cheveux bleus).

Je vais au bout de ma pensée : ce duo paraîtra improbable à nos yeux qui avons tant l’habitude de tracer une ligne claire entre mainstream et underground, allant jusqu’à placer la marque de l’infamie sur ceux qui se « compromettraient ». En bref, si un duo de ce genre naissait en France, je ne lui donnerai pas deux jours avant de se faire lyncher tant on ne supporterait pas qu’une élite noise fricote avec une icône pop réelle ou virtuelle. Sauf qu’au Japon ils sont en général bien affranchis de ce genre de débilités qui entravent la créativité. Ce disque est là pour nous le rappeler et en voici ma lecture. La musique comme l’amour se moque des frontières, et la surprise vient quand les barrières de nos esprits, ressemblant souvent à une somme d’étiquettes, tombent enfin.

De la pochette (le verre brisé au niveau du sexe, casser ce qu’on ne peut atteindre chez l’icône ?) aux choix des titres, tout est brouillé, comme une façon de chercher à nous clouer le bec au profit des oreilles et de l’imagination.

Toutefois écouter ce disque d’une traite peut parfois relever de l’épreuve, surtout pour ceux qui vous entourent. « Sotsugyo Shashin » en est un bel exemple. Comme si Kluster rejouait Zwei-Osterei sur la tendresse d’Ayumi Hamasaki.

Noisy Killer est également une excellente porte d’entrée pour qui veut en savoir un peu plus sur le patrimoine musical japonais. Vous reconnaîtrez bien sûr « Itsumo nando demo » grâce au Voyage de Chihiro. Amusez-vous aussi à écouter « Senbonzakura », titre chanté (au passage on dépasse aussi le clivage réel virtuel) par Hastune Miku pour Project Diva, en version originale et à la comparer avec celle de HijoKaidan. C’est le sucré salé, la bombe de wasabi au cœur de l’umami, parfois l’inverse.

Ce ratissage large amène à croire que l’insularité créé le besoin de repousser les limites au plus loin. Comme je comate souvent sur no-Life pendant le J-top (émission fourre-tout qui fait côtoyer Moumoon avec d’innommables girls band me faisant regretter les chinoises de S.H.E, c’est dire), j’ai reconnu quelques morceaux mais fait d’autres découvertes. Noisy Killer est donc un jeu de piste, une expérience dont on ne comprendra pas clairement les intentions tant les codes nous échappent par moment. Ce qui reste la plus belle forme d’invitation, matérialisée en vinyle par Specific Recordings.




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