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C’est peut être pour la lecture du M train de Patty Smith que je suis arrivé réellement à savourer ce bonhomme, pour ne pas arriver à dissocier son travail sonore d’une lecture qui m’hypnotisée, pour cette impression de me bouger au son de ces ballades, pour cette alchimie de choses simples que disait la muse et que chantait le timide petit homme. Il fallait écouter Joe dans la solitude d’un casque et dans l’ampleur d’un monde, et découvrir que dans l’infime survie l’éternité, que dans la simple légère torsion d’une corde nait la musique des voies lactées qui jalonnent nos tristesses et allégresses. Patty décrit des tasses de cafés aux milles gouts, millions de lieux, infinis visages, et Joe ramène toutes ces polaroids aux creux d’un son, cette incroyable facilité d’irriguer les yeux et de former de minimes séismes le long des peaux, oui, Joe accompagne le voyage de cette lecture avec un art si simple, qu’il semble naitre en nous, dans notre épiderme de mauvais écrivains, de piètres musiciens, de chanteurs amers. Laissons la lecture de Patty et baignons nos corps de petits nageurs dans la musique de Joe, ce son de Denver qui n’a plus de lieux de naissance dès qu’il nait, mais qui dompte l’univers tranquille de nos soirées sages. Joe est un petit courant d’air sage qui s’immisce sans brusquerie, la chaleur juste pour se faire sentir, la force juste pour pénétrer jusqu’à la plèvre, toucher le cœur, toucher le cœur. Il faut happer les mots de Joe dans des espaces restreints, des cercles fermés de nos bras, comme quand on écoute Cohen, sans vouloir le partager avec personne, quelque chose qu’on préserve en pensant que cela est tant fragile que seulement dans nos cœurs il sera à l’ abri. Il faut happer les sons de Joe dans des petites chambres, comme quand on écoute Dylan regarder le temps, en supposant que les gestes briseraient le cristal, et fermer les yeux, il faut l’écouter sans le voir, il faut le laisser entrer sans le voir. Joe chante la délicatesse, il y a dans la faiblesse de ce chant une envergure qui s’étend au-delà des iris, une force que l’on nomme beauté, qui enivre les joues, et qui fait s’enflammer les torses, parfois même, l’intonation de la voix est un hymne si petit, si petit, qu’il entre partout, envahi sans peine, et conquise a la vitesse d’un nuage nos envies de paix. Joe est un petit bout de paradis accroché a nos oreilles, un lopin d’Eden qui a battu des ailes jusqu’à nos tempes, un Rara avis, un délicat éclat de verre où c’est emprisonné le soleil amoureux de pluies, un détail merveilleux d’un tout magnifique, et la musique parfaite pour lectures majestueuses.




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