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Après une demo sortie en 2007, We Only Said a réalisé son premier CD en 2009. Depuis, plus de trace discographique du groupe. Des concerts, des rencontres, d’autres projets (Trunks), mais de disque, point. 2012 : en attendant leur nouvel album, We Only Said réenregistre trois de leurs anciens titres pour un EP vinyle à propos duquel le terme de progression est très en dessous de la réalité : c’est à une véritable seconde naissance que l’on assiste, le résultat d’un rite de passage vers la maturité qui nous offre un groupe transfiguré.

Le son, tout d’abord : ample, large, profond, il en impose. Tout est parfaitement placé, pourtant le défi n’était pas aisé : trois guitares, une basse, une batterie pleinement utilisée, tout était réuni pour que le son soit monolithique, sans détails, sans finesse, d’autant que le disque a été enregistré live. Le travail de Loic Ngyuen, guitariste du groupe et ingénieur du son sur ces trois titres, est donc à saluer, mais on sent que le groupe lui-même a travaillé à la source : les sonorités des trois guitares sont toujours complémentaires, souvent l’une est claire, l’autre légèrement saturée et la troisième chargée en effets pour lui faire prendre de la distance. Personne ne marche sur les autres, personne ne disparaît, le groupe maitrise son propos. La progression par rapport au premier album, pourtant masterisé par Bob Weston (Shellac), est vraiment sensible.

La musique, ensuite, car c’est elle et elle seule qui fait un bon disque. Le premier titre est chanté par Florian Marzano, en duo avec Laetitia Sheriff, amie du groupe. L’introduction installe une ambiance post-rock, guitare claire en avant, grincements de cymbales, bouillonnements de guitare saturée en arrière plan. Les voix rentrent rapidement, le morceau pourrait rester sur cette intention mais la batterie en décide autrement et, posément mais surement, envoie le morceau très haut dans le ciel. « Your drab eyes » prend alors une tournure plutôt emo, le emo de "Emotionnal hardcore", celui de Mineral, Braid, Pop Unknown, celui qui doit tout à Fugazi. We Only Said est plus souple, moins anguleux, moins rugueux que ces groupes, il sonne plus riche aussi, mais les inflexions de la voix font irrémédiablement penser à cette scène. En 3’43, ce titre tout en climats avec son refrain-pont répétitif, intégralement chanté à deux à l’unisson, est ce qu’on a entendu de mieux depuis des lustres dans ce style. Le second titre est chanté par Pierre Marolleau, batteur du groupe, d’une voix proche de celle de François Virot. La basse ronflante tire le groupe vers un exercice un peu plus tendu, avec des guitares saturées trainantes qui s’empilent et se répondent. Ce second titre, plus véloce que "Your drab eyes", amorce le durcissement de ton qui apparait avec la fin du disque. "Driving my car", basé sur une figure plus mathrock à la RedneckManifesto, est plus dépouillé. La rythmique se rapproche de ce que l’on peut entendre chez Shellac. La voix de Florian Marzano est plus directe, proche de celle du jeune Robert Smith. Elle disparaît vers la moitié du morceau qui évolue alors vers quelque chose de plus abrupt, anguleux, loin de l’amplitude de « your drab eyes », mais tout aussi maitrisé que les deux précédents titres.

Ce Ep est une totale réussite. We Only Said prévoit de passer l’année 2013 en studio afin de produire son prochain LP, travail de groupe là ou le premier album avait été essentiellement le fait de Florian Marzano. Le mode de production sera différent de « your drab eyes », le temps qui lui sera consacré aussi, mais ne doutons pas qu’un groupe en telle possession de ses moyens saura faire un grand disque. Rendez-vous est pris pour 2014, avec fébrilité.




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