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La vie n’existe que par les rencontres qu’elle offre. Les visages croisés, les regards échangés, les mains serrées, la peau frôlée, les mots noués. Sans elles pas d’histoire, pas de rêve alimenté, pas de livre à écrire, pas de plat à cuisiner, pas de chansons à composer. Les rencontres sont parfois fortuites, certaines sont à oublier, d’autres nous entrainent à nous changer, quelques-unes sont provoquées. Pour ces dernières le pourvoyeur est indispensable, le passeur, le faiseur d’échanges. Arnaud Le Gouëfflec est un de ceux-là. Fort de son Église de la Petite Folie il peut déjà compter sur un lieu de rencontre dans lequel nous nous sentons comme chez nous. Les lieux nous sont familiers. Les adeptes sont connus, John Trap, Olivier Polard, GWL pour l’habillage, car une rencontre a besoin d’une unité de lieu qui alimentera les souvenirs.

La rencontre est alors possible. Nous passons le pas de la porte, intimidé. La rencontre est celle de Manu Lann Huel, auteur, compositeur, interprète, poète Breton. Il est là, le port de tête magnifique, telle la gravure d’un amiral qui en voyant des terres au loin, des terres à découvrir, penserait également à son port d’attache, celui qu’il ne révéra peut être plus jamais. Il y a quelque chose d’immensément viril et fort, mais aussi de fragile, le regard lui ne trompe que rarement. « Un Rien de Temps » est le titre de cette rencontre. Les histoires sont celles d’Arnaud Le Gouëfflec, inventées ou influencées par une vie, peut importe Manu Lann Huel se les approprie. Il déclame, le chant comme dirait un marin méfiant, peut être celui d’une sirène, je m’en préserve. Il raconte, jouant quand le texte le réclame. La musique elle semble être sans cesse aux aguets, se faisant tantôt tailleur, tantôt guide que Manu Lann Huel suivra ou portera. Habité sans nous quitter, il avancera dans cette rencontre à pas comptés, le jeu de jambes fatigué du boxeur usé de la catégorie reine, celle des puncheurs de granit, des encaisseurs la tête haute. Les trois entremetteurs (honorables) du jour, le rendront presque félin, complètement entier, les fêlures saillantes au fond desquelles les ronces attendent la chute qui ne viendra jamais, car quand on sait descendre on parvient à remonter, même à la force des mains. Si la rencontre laissait craindre l’arrivée d’un bateau aux chaloupes pleines d’un trop-plein d’émotion, elle s’avérera plus épique que tragique. La rencontre d’un homme.

Au départ, projet de « Session Fantôme », cet album à part entière (c’est le livret qui le dit) est une de ces belles rencontres, celle d’une vie, d’un personnage sans rôle, d’un homme qui happe, accentuant le h comme pour mieux reprendre une respiration qui sait se faire lente pour ne pas aller trop vite, pour tutoyer les âmes après les avoir vouvoyées, non pas par distance, mais par respect. «  Un Rien de Temps » pourrait passer pour une leçon de vie, c’est en réalité le disque du partage, un disque sur la mémoire, celle que l’on ne perd jamais, celle qui nous est familière et Manu Lann Huel est dans la mémoire de cette jeune Église de la Petite Folie, une église qui sait ce que c’est que recouvrer bien avant de tout perdre…normal à Brest. Merci pour la rencontre




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