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  • 10 mai 2020 /
    Phos
    “Clip de Un Mouton et une Rose”

    rédigé par Guillaume Mazel
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Realisateur : Renaud de Foville

Oh ce piano, ce piano fait mal tant sa peine est nôtre, tant il nous rappelle les absences, les invisibles impalpables images collées, encadrées dans nos murs. Ce piano fait mal tant ses mots résument nos vies, tant il ne retient qu’une infime part de lueurs dans les ténèbres de nos proses, il fait mal, il porte nos prénoms et s’enfle peu a peu de nos biographies, il accumule nos histoires, entasse les objets et nos poésies d’écolier. Il fait un mal sublime, il fait un mal qui est baume, l’alcool sur les lèvres de la plaie, gentiment, joliment récité d’une ébène a un ivoire, clavier sonore, machine à décrire, il fait mal tant il nous sauve, ligne de flottaison de texte tranchant comme le vrai, comme le trop réel, radeau de la méduse de nos fins de jours, planche de salut qui nous a porté depuis le premier pas. Ce piano fait mal, il avoue qu’il est l’heure, qu’il est temps d’être beau avant qu’il soit temps d’être faux, il avoue la ride, il avoue le vide, avec la sagesse de celui qui reconnait le dernier soupir, tout disparait, dit un verbe pris au passage d’un sujet, tout, et même la métamorphose partira à petite dose, comme une rose qui avait, au passé, éclose. Oh ce piano fait mal tant il a notre couleur d’iris, notre groupe sanguin, ce rouge de nos destin, et la livide teinte de nos cheveux quand tombent nos nuits, il fait mal, il aquarelle nos vives secondes, détruits les traits gras en poussières, et bouleverse l’espoir d’avoir encore le temps d’engranger des jouets d’enfants, le temps de retenir une main, le temps d’un sourire presque bu dans un soir de fête. Ce piano qui entame nos défaites fait mal de ses mots, parce qu’ils ont la réalité de nos mensonges, la preuve de nos hécatombes, parce qu’ils disent mais ne parlent plus, remarquent mais ne prennent plus de notes, respirent, mais ne vivent plus, ce piano annoncent nos abandons, de sa voix, de ses sons, de sa beauté. C’est un piano dont le texte est cœur, certes faible, certes crevassé par des départs, certes ému, qui énonce les derniers carrés de nos Waterloo avec la sagesse des objets gardés dans nos poches, avec la certitude d’avoir fait assez de gestes jusque-là, pour ne plus avoir à bouger, le temps de laisser aller, le temps de rendre les armes. Oh, cette voix fait du bien, cette voix apaise nos lointains, ce qui reste dans nos nuques, ce qui stagne sur nos paliers, alors qu’on part, cette voix soulage le dernier age, rappelle les odeurs et les arômes que l’on a eu un jour sur nos lèvres, pour ne pas partir sans valises, pour ne pas disparaitre sans traces. Oh cette voix est saine, belle, comme une religion pour ne pas clore les yeux, comme une bouche pour permettre l’adieu, ou le baiser, celui de Judas, celui de l’inconnu. Oh cette voix endors la douleur, d’une rime qui nous respire le dernier soupir, l’allonge jusqu’au temps de finir, et l’image qui accompagne ce bien, et les instantanées qui portent ce mal. Cheminent à nos côtés comme le dernier ami au bord de l’ultime quartier, celui qui a compris l’heure, celui qui admet le temps, celui dont l’horloge montrera la minute d’après.




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