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Anton Newcombe ou la dernière des fockin’ rock-stars (à prononcer avec l’accent mancunien ou Glasgovien de rigueur)… Depuis découverte du film « Dig ! » (en 2004), on s’empressa d’acheter tous les albums du Brian Jonestown Massacre et de suivre de très près l’actualité d’Anton. Car ce dernier est une anomalie, un casse-tête, une masse indécise : capable de moments côtoyant le pur génie comme de sympathiques foutages de gueule, le patron des BJM’s cultive parfaitement son image de destroy maudit concevant des merveilles de sensibilité et de justesse. Et si l’on ne se hasardera guère à qualifier un album des BJM’s de chef-d’œuvre (sur ce point, la compilation « Tepid Peppermint Wonderland : A Retrospective » fait parfaitement l’affaire), chaque album manigancé par Newcombe possède au moins deux ou trois sommets absolus. Et puis, comment ne pas aimer un musicien ne jurant que par les Smiths et Jim Jarmusch (le visage de ce dernier ornant l’album « Braveryrepetitionandnoise », une chanson d’Anton Newcombe illustrant la BO de « Broken Flowers ») ?...

Mais ce satané Anton adore brouiller les pistes, saloper des orfèvreries ou prendre le revers des attentes : un EP où le chanteur parolier… ne chantera pas (une inconnue prendra le micro), un album entièrement composé par le second guitariste du groupe (Anton était trop défoncé pour écrire), un grand disque volontairement mixé de façon anarchique (par Mark Gardener !), des sortes de mantras hindous dépassant toute raisonnable durée (une torture psychédélique qui doit probablement faire marrer son auteur)… Anton Newcombe n’aime rien moins que de consolider son statut d’artiste poissard, constamment déceptif et culte (du reste, on apprécie Anton également pour ceci : refuser de jouer le jeu, n’en faire qu’à sa tête et volontairement fracasser à coups de disques bâclés la soudaine reconnaissance que « Dig ! » allait lui offrir).

Dernier coup de folie : « Revolution Number Zero », un EP quatre titre qui reprend le planant « Viholliseni Maala » présent sur le dernier album du groupe (le bordélique et jouissif « Aufheben »). Pour le reste, du Newcombe égal à lui-même : un doigt pointé qui fera fuir les faux fans (un remix de « Viholliseni » tellement identique au titre original que pas loin de l’arnaque) et puis deux nouvelles compositions pour les vaillants admirateurs que nous sommes (« Don’t Say a Thing » et surtout le magnifique « Revolution Number Zero »). Ainsi va Anton Newcombe : pas encore décidé à écrire l’album définitif qui mettra tout le monde ok car ko, saccageant volontairement la moindre possibilité d’accès pour un public pas encore au jus (BJM’s est le plus passionnant des groupe issus de ces quinze dernières années), ouvrant en grand l’arrière-cour pour les fans acharnés (pour nous et vous, chers lecteurs)… The Brian Jonestown Massacre : un groupe qui feint la paresse mais ne simule guère le génie (lorsqu’on écrit une chanson telle que « Swallowtail » ou « Fucker », au moins la postérité est-elle acquise).