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J’ai commencé par un silence, un long et paisible silence, la chaine comme muette d’une dure journée de sons mêlés et tressés a des paroles qui ont fini en amalgame bizarre, en fait, a trop écouter, on devient plastique (esthète, mais plastique), mes murs blancs perdent toute couleur, le plancher perds sa chaleur, la lumière perds son humanité, le naturel, se meurt de trop de mélodies enchevêtrées dans des plus ou moins bon gouts, tout est automatismes. Alors silence.

De là commence le voyage, du plastique, de l’envie d’évasion des produits chimiques, des os en métal qui nous supportent, des chairs en polystyrène, des peaux latex, des yeux billes, des cœurs playmobil. Nos engrenages infâmes, ferment les portes vers dehors, mais le peu d’herbes, les images des orées encore gravées quelque part dans nos organes encore vermillons, les ébats de cours de récrés, les sentiers inconnus qui se jettent dans ces forets couleurs feu, ce que l’on nomme nature, sort encore en superficie, et nous empêche de mourir d’une certaine manière, mourir de pas de temps, de pas de lieux, de pas de désirs, mourir de grandes cités.

On reste en vie parce que notre cœur n’est pas artificiel, notre cœur est en bois, ivre de sève, de racines infinies et capable de toucher le ciel en autant d’endroits que de branches. La musique, en fait, ne c’est jamais arrêtée, mais après les nuées de technologies saturées, de riffs insensibles, de mots pas osés, pas pensés, pas appris, après le chaos des mélanges a surgi sagement et calmement Kramies, comme la venue posée d’un printemps sur une route bordée d’arbres que l’on traverse vitres baissées, sans se presser. Il y eut d’abord cette sensation que quelque chose d’organique coulait sous le métal, bien qu’électronique ( The begining), la révolte de l’humain venait onirique, en paix, le retour a la source, la jouvence auditive. Et puis il y eut la preuve de l’éveil, cette pluie naissante qui jalonne les titres, tombée du ciel, naturelle, si naturelle, on comprend enfin que la porte s’est ouverte, que l’on peut sortir, qu’on redécouvrira les odeurs, les couleurs, et les sons. Le voyage intérieur des cottages et mers, des météorologues fous, des logiques qui se cachaient, des plaies qu’on ressent, des froids vents, des chaleurs humaines, des lieux aimés et des peurs des ignorances (Sea otter cottage). On va réapprendre la musique, on va réapprendre à respirer, et désapprendre les murs. Se baigner dans un lac gelée d’une Irlande d’ici ou d’ailleurs, noter l’eau sur la peau de nouveau, balader les mains sur les murs irréguliers d’une ruine, des choses comme ça, qu’on ne fait plus, parce qu’on nous a appris à ne plus connaitre (Upon The Northern Isles).

Je m’attendais tranquille a écrire une critique musicale, et voila que je dérive d’un port a l’autre de moi, de questions en questions, sans envie de mettre des noms sur les origines, sans envie d’expliquer des notes, des graves et aigues, des jeux de composition, Kramies vient de me poser une question, veux tu ressentir la musique ? Veux tu la chair de poule, veux-tu fermer les yeux pour de vrai, car quand tu forceras assez sur les paupières et ne verras plus que l’intérieur, tu découvriras le trésor ( The wooden heart), le cœur de bois dont les rides de l’écorce sont sentier perdus où dénicher le monde, dont la sève sucrée fait naviguer nos barques jusqu’aux paradis, dont le rythme doux des battements donne noms aux passions.

Il me devient presque impossible de ne parler que de musique, c’est l’idée de sensations qui empire, de survol de paysages, d’odeurs, de matières, de pleurs et joie, simples petites touches d’émotions si joliment esquissées sur les toiles vierges, de larges plages, de nature, d’argile et de pierres, de prendre enfin le temps de sentir l’humain qui somnole en moi, tant maltraité qu’il est devenu presque amnésique, et qu’on ressens sa révolte paisible croitre, et le désir terrible et beau de briser chaines de métal et chaines de télévisions, de ne pas regarder les aiguilles, mais rompre les horloges systématiques (Clocks were all broken)et Kramies de son art sensible et simple (de ces simplicités difficiles de créer et exprimer), de nous offrir un moment a part du monde, au creux du sien, sur ses terres de choses si normales qu’on ne les connais plus, En finissant sa pluie légère ( The ending), Kramies c’est offert une part de divinité en se donnant le pouvoir d’éveiller nos esprits sur des sons, des mots, des images qui ont toujours été là, mais qu’on ne pouvais voir, la possibilité d’éviter les plastiques, voir les couleurs du mur blanc, bruler nos pieds sur ce plancher et voir la vie interne des lumières, et oui, Kramies, maître Kramies, mes chairs sont chair, mes os sont os et mes yeux, yeux, merci pour nous le rappeler.

Critique musicale ? Non, peut être pas exactement, une dérive d’émotions plutôt, je me perds parfois dans mes propres pensées quand quelque chose me bouleverse, mais vous dire que le disque est folk, velours, intime, riche en travail de mineur au niveau des sonorités, que cela ressemble a ça, des touches de ces gens-là, que le créateur est réellement untel aidé par untel autre et l’autre (découvrez-les de grands artistes sont là), que la production est telle que…, ne vous expliquerai pas assez le merveilleux qu’est une écoute, le sortilège fantastique qu’il émane, ce que je veux, c’est vous donner le désir de devenir humain, le temps de ce disque, de fermer petit a petit les yeux sur le brillant artwork de Jérôme Sevrette (je cite par grand amour pour l’œuvre du photographe et son bon gout au moment de choisir ses travaux), et de découvrir ce Wooden heart, véritable œuvre d’art, vital, incontournable. Dieu que j’aime la musique.