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En musique, mes humeurs vont plutôt à la mélancolie, à la noirceur, à une neurasthénie émotionnelle... Je suis plus de ceux derrière leurs rideaux dans l’obscurité d’une chambre chaleureuse que de ceux sous les spots et des stroboscopes...

La musique festive me fatigue la plupart du temps ou pire me navre souvent... Je trouve dans la tristesse d’un Mark Hollis, dans le désespoir d’un Matt Elliott, dans la lucidité solaire d’un Orso Jesenska ces soutiens indispensables, vitaux, ces compagnonnages fidèles...

Il est rare que l’énergie en musique me touche, à part peut-être quand elle touche à la transe qu’elle soit traditionnelle ou moderne (June Et Jim, Les Marquises)... Chez Im Takt, trio de Brest, il y a un peu tout cela, cette envie de transe un pied dans l’ancien, un autre dans le moderne...

Prenez " A Part Of Shadow" qui semble convoquer le P.I.L de John Lydon, The Rapture et MGMT comme une envie effrénée de sortir de soi, de rejeter tout ce qui nous inhibe, tout ce qui nous cloisonne...

Chez cette nouvelle signature du label Monopsone, il y a quelque chose de la transe, comme cette tente enfumée aux invocations du chamane dans la jungle profonde ("When You Smile")... On plonge dans une Afrique tribale et primitive 2.0... Il y a quelque chose de l’Afrobeat de Fela Kuti, d’Antibalas... Il y a quelque chose d’une collision entre le funk humain de Curtis Mayfield et la rythmique comme un cœur qui s’essouffle de Tony Allen.

Certes, on pensera parfois à LCD Soundsystem, à Foals, à Vampire Weekend pour ces mêmes obsessions de combiner l’ancien et le moderne mais est-ce un défaut d’avoir des fixettes communes avec d’autres artistes en ces temps où la musique se refuse aux frontières des genres... Ces trois là font comme les autres, mixer tout ce qui leur passent entre les mains, le triturer, le malaxer et finalement en extraire quelque chose qui ne ressemble qu’à eux...

Entre le Math Rock de Battles ("Mirage") et la fraicheur d’une Pop qui lorgne vers les années 80 ("Sleepless Week"), IM Takt aime jouer comme des gamins insolents et inventifs, jouer avec des images qu’ils s’amusent à accélérer comme ces cassettes vidéos que l’on s’amusait à faire passer à toute vitesse ou ces 33 tours que l’on passait en 45 tours... Le trio joue avec la sensualité, avec l’énergie, avec l’envie de nous voir rentrer dans leur fièvre contagieuse...

Parfois, vous penserez à la rencontre du disco et d’une froideur inhabituelle, étrange paradoxe ("Illusion Factory") comme des mariages contraints... Ces trois-là sont souvent brillants avec ce sens de la formule qui touche ("My Old Days") comme le rendez-vous entre A Certain Ratio, Dexy’s Midnight Runners, les Happy Mondays et ESG... Malgré tous ces noms là, n’y voyez ici aucune allusion à un univers par trop référencé... Bizarrement, Im Takt se joue de ses influences avec une délectation à la fois amusante et amusée ("House On Fire")... Ce n’est pas une énième relecture d’une certaine scène post-punk ou no-wave mêlée à des éléments d’electro... Non c’est cela mais c’est aussi autre chose...

C’est une musique de danse qui parle à la tête et aux frissons, c’est une musique ardente, entropique, résolue...

Résolue à regarder vers demain sans oublier le rétroviseur ("Tomorrow")...

Résolue à vous sortir de votre chambre aux rideaux tirés... Résolue à vous tendre les bras...

http://imtakt.fr/




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