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Quand Louise ou Jean-Charles me demandent si je veux écouter la nouvelle sortie de Microcultures, je leur répond "non". A quoi bon ?

Je sais que je vais adorer, alors je leur répond juste "je prends !"

Encore une fois je suis bien heureux de leur accorder cette confiance aveugle. J’insiste sur Microcultures car si Oddfellow’s Casino nous offre un album à sa hauteur, la structure derrière continue à remplir un catalogue sans faute. Donc la cohérence de l’œuvre fait preuve de cohésion avec la diffusion, vecteur juste qui mérite plus qu’un coup de projecteur au vu des dernières découvertes que je leur dois (Hospital Ships, Phantom Buffalo...). Aussi pour l’album qui nous intéresse aujourd’hui, je resterai assez vague en terme de rapprochement avec d’autres groupes. C’est un peu mon chaînon manquant que j’espérais entre Hood et Pink Floyd, voilà, ça laisse le chant large. Mais surtout c’est un disque qui s’inscrit parfaitement dans la ligne de conduite du label et qui me renvoie avant tout à la qualité enchanteresse d’un Phantom Buffalo, car Microcultures constitue tranquillement sa propre culture, et ses références peuvent désormais se renvoyer entre elles, preuve d’une éthique du choix, de la mesure, et d’un goût très fin. Venons-en au fait, The Water between us a tout du chef d’œuvre. Entre la finesse des mélodies, un mixage parfait, la délicatesse des arrangements et la justesse de l’interprétation, nous sommes embarqués dans un tableau où de nombreuses émotions constituent les couleurs et les ombres. Je n’oserai pas le qualifier d’album total par peur de le plomber. Mais il faut dire qu’au départ avec "Wild waters", la tentation fût grande. Le timbre de voix de David Oddfellow est un parfait guide à l’évasion, les cuivres retrouvent leur place céleste et ouvrent les portes du paradis que viendra enfoncer le magnifique thème à 2mn10 (repris plus tard avec du chant pour une élévation maximale). On ne renie pas une certaine filiation avec les vieux groupes de prog anglais enclins aux invitations hors des perceptions. "Stone riders" viendra confirmer la paternité de Pink Floyd, sans pour autant faire dans le chichi vintage. Filiation dans sans époque, encore une fois la limpidité de l’ensemble nous permet de couler dans la musique, sans bloquer sur l’exécution technique (si parfaite qu’on l’oublie). N’oublions pas les paroles qui illustrent si bien l’atmosphère ("darkness was beautiful with you, death will be beautiful with you"...). Pas de doute, cette finesse sonne bien anglaise, entre aventure musicale et accessibilité, l’un nourrissant l’autre, regardant le ciel sans être coupé du sol. "Strange love" est un morceau qui sonne plus fourni, au rythme très complet, tout en offrant des sonorités larges, des respirations voire des contractions. Tandis que "We love ourselves" calme le jeu par son entrée en douces arpèges et les couches de voix gilmouriennes (j’ai pensé à On An Island mais avec une sensibilité pop bien marquée). Un titre accentuée par la beauté de son refrain, le genre qu’Archive essaie de faire sans succès depuis vingt ans. Et malheureusement pour ces derniers, "The quiet man" ne fera que le confirmer. Oddfellow’s Casino est simplement magnifiquement inspiré, ne cache rien sous des couches empilées comme autant de diversions. Encore besoin de preuve ? Allez, "ghosts of the Moorland" et son tempo allongé, sa voix vaporeuse, presque ectoplasmique par moment. Un thème très progressif parfaitement servi par la multitude d’instruments (la clarinette d’Emma Papper par ex) et des sonorités au service du sujet.

A ce stade j’ai eu vraiment du mal à commencer ma chronique. Je ne faisais que l’écouter en boucle, m’enfuir sans vouloir l’alourdir de mots. Jusqu’à ce que l’envie de vous partager le plaisir prenne le dessus. Chaque titre ouvre un univers connecté au précédent, et ce qui m’a accroché le plus est ce lien entre la musique qui m’attire aujourd’hui et celle avec laquelle j’ai grandi. Je tente un parallèle avec un autre groupe anglais que j’adore, même s’ils sont musicalement assez différents. Oddfellow’s Casino suit un chemin analogue à Anathema (non c’est pas un groupe de metal, depuis 93 ils n’en font plus, faut tourner la page hein !), dans le fait de fructifier ses racines (ils en ont en commun à n’en pas douter) et de teinter leur pop de progressif et de touches atmosphériques bien planantes. "The Magpie’s Son" est le morceau qui m’a soufflé le parallèle, la voix se rapprochant parfois des envoûtants frangins Cavanagh. La porte du disque se ferme sur le somptueux "the lighthouse keeper", un morceau presque fédérateur tant il convie en moi des émotions que j’ai auparavant trouvées éparpillées, entre les chœurs et la ligne de piano que n’aurait pas renié Radiohead.

La musique sonne ici comme un moyen, pas une fin. Avec cet album c’est ce que j’ai ressenti. Si l’eau s’étend entre nous, cet album sera la passerelle qui nous permettra de la franchir.




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