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Ils sont nombreux ces groupes Folk, trop nombreux... Avec ces mêmes envies, cette uniformisation des références.

Comme je vous l’avais déjà dit, au même titre que je pars en courant et en me bouchant les oreilles quand je lis le terme Post-Rock dans une demande de chronique, j’en arrive à penser de même pour le Folk.

Combien d’artistes geignards, pleurnichards pour de vrais novateurs ? Combien de pensums subis au coin du feu comme une soirée avec des boys scouts qui n’auraient pas abusé du vin de messe (Grand mal leur en a pris !)

Combien d’artistes trop sur le doigt de la couture de leur pantalon, combien de barbus barbants à chemises à carreaux qui lisent à la lettre comme des Temoins de Jehovah leur Nick Drake, leur Bert Jansch connus sur le bout du doigt ? Combien d’artistes qui confondent la fébrilité d’une foi toute animiste, toute "Waldennienne" et le piège d’un Rock chrétien bourré jusqu’à la gueule de bons sentiments ?

Combien de belles gueules, de mannequins du catalogue La Redoute à la musique trop lisse pour être vraiment honnête (par exemple : Angus and Julia Stone) pour ces autres des marges ? (Par exemple : Bonnie Prince Billy dans ses nombreuses fulgurances, Matt Elliott, Townes Van Zandt)

La musique de The Innocence Mission me monte souvent des larmes aux yeux. Polaroids de l’enfance, de ces instants avant les grands délabrements... Ni ceux de l’innocence ni ceux des mares au Diable...

"Brightly Painted One" de Tiny Ruins, second album de Hollie Fullbrook me renvoie à cette grâce-là, économe en arrangements toujours subtils. Il y a cette interprétation, cette manière d’occuper et d’habiter l’espace et le tempo. Entre nonchalance et concentration, comme une rencontre.

Comme les "toc toc" contre la porte de quelqu’un que l’on ne souhaiterait pas attendre. Comme la pendulation fragile et le balancement lassant des heures. Comme ces silhouettes en équilibre entre les arbres et le vide, comme une ligne de survie...

Comme un retour aux grandes peurs dans les montagnes et aux alpages immaculés.

Nous traversons les gares de triage, rencontrons ces industries moribondes qui un jour nous nourrirent, nous rejoignons la mère meurtrière.

Combien de vies ne connaîtrons-nous pas dans ces paysages que nous traversons trop rapidement ? Combien de nouvelles vies manquons-nous ? Combien d’opportunités d’être ratons-nous ?

Cachée derrière sa musique fragile et subtile, adulte et habitée, Hollie Fullbrook reste à nos côtés, ne cherche jamais à nous intimider dans de futiles effets de manches.Il faut saisir la richesse de ses arrangements discrets de cuivres, de cordes. Moins pop, plus brouillée que sa cousine Anna Ternheim, l’univers de Tiny Ruins se gagne dans l’effort de l’écoute.

Ces artistes folk qui nous parlent c’est ceux qui ont compris que la vie n’est pas monochrome, qu’elle peut être paroxystique et de cette neutralité de tous les jours.

Entrer dans la musique de Tiny Ruins, c’est comme approcher ces petites mares. D’abord n’y voir que le vert de ces petites plantes d’eau qui recouvrent la surface puis d’une main aventureuse disperser en ondes la végétation, voir là cette araignée d’eau qui glisse sur la surface comme ces patineurs de glace et de chair.

Deviner là le chant de la grenouille, ici surprendre la libellule au repos, comprendre que notre corps, c’est comme une mare, comme une rivière qui coule.

Entrer dans la musique de Hollie Fullbrook, c’est envier, exciter sa jalousie face à ce corps moins massif que le notre qui nage plus vite, plus loin par delà les balises.

C’est enfin comprendre le langage des nuages, lire dans leurs couleurs, comme quelque chose de brillant et de peint.

Ne plus être surpris, ne plus espérer, ne plus rien espérer. Où trouver l’énergie dans ses vieux os brisés, dans cette échine qui nous éreinte ? Comment taire encore la douleur ?

Prendre conscience que nous sommes de ces rapaces, créatures d’Eric Von Stroheim....

Comment retirer la terre qui commence déjà à recouvrir nos visages ? Plus nous creusons, plus la terre nous recouvre sans joie.

Il y a du Otis Reeding, du Al Green dans Tiny Ruins mais aussi la spatialité de Brian Eno, l’onirisme du trio Guthrie/Raymonde/Frazer, l’empathie de Jonas Bonnetta, la chaleur de Josephine Foster.

De ces musiques "noctdiurnes" comme son penchant masculin Grand Salvo, comme sa soeur Luluc, comme la petite dernière prometteuse Jenny Lysander...

Comme ces gouttes de pluie qui glissent des arbres , derniers témoignages des tempêtes à venir.

Comme cette vision de ton visage dans l’obscurité...

Ici, il est question du métier, le seul, le métier de vivre et ces mots de Cesare Pavese :

"Quand on souffre, on croit que par delà le cercle, le bonheur existe : Quand on ne souffre pas, on sait que le bonheur n’existe pas, et l’on souffre alors de souffrir parce qu’on ne souffre rien."

www.tinyruins.com/




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