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On ne va pas se mentir, j’ai acheté le précédent opus d’Anna Calvi attiré par le bruit qui le précédait, comme une guêpe aimantée par un melon bien mur au bord d’une piscine entourée de cyprès un après-midi caniculaire d’août. Je n’ai pour autant jamais vraiment fait partie des afficionados inconditionnels, étant plutôt resté sur ma faim après l’écoute de One Breath. Disons ma soif. L’album était en muscle, en évidence, en voix, en arrogance parfois, comme un vin du nouveau monde qui couche dès le premier soir. Un de ces assemblages qui vous balance une grenade de fruit et de soleil en plein palais pour immédiatement séduire. Mais qu’en reste-t-il un an après ? Un ou deux titres dans un coin de ma tête, mais honnêtement je ne suis jamais retourné vers cet album comme je n’ai jamais racheté cette bouteille de vin californien. Le côté « fille de PJ Harvey & Jeff Buckley » m’avait un peu échappé. C’est donc avec circonspection que je me suis tourné vers ce nouveau disque intrigué par le format : un EP de 5 covers de Bowie à Suicide en passant par Keren Ann. Reconnaissons lui d’entrée le panache, du caractère, et une certaine dimension pour ce choix. Pas toujours évident d’écrire la suite après la chronique d’un succès annoncé.

Et le disque alors ? Là où on l’attendait toutes voiles rythmiques dehors comme une walkyrie en guerre, chevauchant des flots incontrôlables de guitares frimeuses, une déesse gonflée de désir suintant le rock agité, une déferlante électrique fière et arrogante, une voix surexposée en tête de gondole, là voilà qui débarque en piano et cordes, la voix tenue en laisse. Strange Weather nous prend à contrepied même si des titres de One Breath pouvaient laisser entrevoir cette dimension. Une guitare dissonante, un piano parfois somptueux, juste ce qu’il faut d’électricité dans l’air et une voix en embuscade prête à jaillir sur sa proie à la moindre alerte. Un EP qui démarre lentement avec une reprise plutôt subtile de « Papi Pacify » (FKA Twigs), et le « I’m The Man That Will Find You » (Connan Mockasin), mais qui pourrait se révéler vénéneux sur la durée. Suivent un « Ghost Rider » (Suicide) sur le fil du rasoir, et le sommet du disque, un très beau duo avec David Byrne sur le « Strange Weather » de Keren Ann. Conclusion en douceur avec une reprise élégante du « Lady Grinning Soul » de Bowie. La comparaison avec quelques glorieux prédécesseurs n’est peut-être pas si usurpée que cela, à la fois dans l’ambition, et dans l’exécution tant elle arrive, en tant qu’interprète, à gérer une langueur légèrement inquiétante, des tensions perverses et plus nocives qu’elles n’y paraissent à la première écoute. La meilleure façon finalement de préserver la suite qu’on attend maintenant non seulement avec une certaine envie, mais également avec le goût de se faire surprendre.




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