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Une fois n’est pas coutume, je vais poser mes mots dans un bain d’acide.

Depuis ses débuts, je rencontre un problème avec Patrick Watson.

Le canadien a du talent, c’est chose convenue et acquise mais, il y a un mais.

Car il faut toujours qu’il y est un mais avec les artistes dont on sent qu’ils pourraient avoir une plus grande ampleur.

Donc mais...

La faute au syndrome "Tori Amos", vous savez, ces musiciens qui ne parviennent pas à maîtriser ni à canaliser les milles et une idées qui traversent leurs morceaux.

De nature aventureuse, la musique du monsieur vire souvent au brouillon. Peu importe me direz-vous si l’émotion transpire ? je suis bien d’accord mais quand cela vient parasiter (j’ai failli dire saloper) vos frissons, là je dis non. Car voila, à cette passion sans limites se rajoute une dimension presque virtuose de celui qui s’écoute être beau.

Pourtant, cela commence comme une tromperie avec ce "Love songs for robots" presque en retenue mais, car il y a toujours un mais dès "Good morning Mr.Wolf", on sait que l’on retrouve les mêmes chemins balisés de Patrick Watson, entre boursouflures et indigestion passive.

Je me rappelle une phrase d’un dialogue dans le "Amadeus" de Milos Forman, prononcé par je ne sais plus quel personnage. Alors, ne cherchons pas, nous dirons Salieri.

Vous savez ce fameux " Il y a trop de notes".

Certes, la phrase est ridicule mais semble prendre sens à l’écoute des disques de Patrick Watson.

A chaque fois que j’écoute (toujours avec intérêt) le travail de l’auteur de "Just Another Ordinary Day", j’espère avec impatience rencontrer enfin le grand album que l’on sent mûrir chez lui, que l’on sent à la commissure de ses lèvres.

Ce ne sera pas encore celui-là, mélange hasardeux du pire du lyrisme du Supertramp des années 70 au pas bon de Pink Floyd.

Tirons encore le fil de cette métaphore cinéphile. J’avais le même type de réticence avec le cinéma de Xavier Dolan que je trouvais souvent ou trop appuyé ou trop virtuose. Genre il pleut dans le cœur du personnage, il pleut sur l’écran comme dans "Laurence Anyways".

Ce qui lui manquait, c’était un peu de maîtrise, c’est avec "Mommy" qu’il a su canaliser son inventivité.

Patrick Watson devrait prendre exemple sur ce parcours.

Entre choix de production incompréhensible et mauvais goût, il n’en finit pas de perdre son auditeur en cours de route. La cassure de rythme était elle vraiment nécessaire dans "Bollywood" dont elle vient finalement trop souligner la linéarité. Pourquoi tendre vers toujours plus de caractère alambiqué quand on pourrait faire simple ? un compliqué qui vire parfois à la posture.

Patrick Watson ou comment réhabiliter le mauvais dans ses pires clichés du Rock progressif.

La musique de Patrick Watson est un peu vaine, on le voudrait attachant quand il n’est qu’attachiant. C’est parfois à la limite de l’implosion. Parfois joli ("Hearts"), souvent vain ("In Circles").

J’ai deux souvenirs avec le canadien. Celui d’une session vidéo vue sur le net avec la regrettée Lhasa tout en sobriété et retenue où nous étions vraiment au diapason de l’émotion.

Je me rappelle aussi d’un concert à la Route du Rock vécu comme un pensum. Je me rappelle aussi de mon incompréhension devant ma compagne comme hypnotisée par ce set.

Chez Patrick Watson, il y a un sens de la démesure qui nuit à son univers, qui finalement le normalise. Pourtant, il y a quelques miracles qui nous rappellent à notre certitude qu’un jour ce gars-là sortira un grand album qui restera gravé dans notre chair ("Turn Into The Noise").

Ce ne sera encore pas cette fois mais promis, Patrick, nous garderons un œil curieux sur vos productions en attendant peut-être juste une vraie maturation de vos envies.

Je vous dis donc à bientôt, Patrick...

http://patrickwatson.net/




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