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Nos événements ne sont pas ceux des stades de France bondés.

Nos événements, ces moments marquants à nous, nous les vivons dans les petites salles au public parfois clairsemé mais toujours concerné.

Ces artistes qui ne s’adressent pas à la multitude mais à l’individu.

On connait l’attachement profond d’A Découvrir Absolument pour Diabologum et les travaux respectifs des désormais frères ennemis Michel Cloup et Arnaud Michniak. Ces deux-là qui l’air de rien ont bousculé la musique de par ici avec une Noise lettrée acoquinée au flow du Hip Hop.

Nous ne reviendrons pas ici sur ce débat stérile sur le phénomène #Fauve et ce qu’il doit (ou non) à Diabologum.

La notion d’événement ne se limite pas toujours au seul et racoleur spectaculaire. Il peut parfois être le seul usage, le fruit de rencontres tellement évidentes quand elles se produisent.

Je me rappelle encore mon étonnement et mon enthousiasme conjoints à ma découverte dans le programme de la Carène à Brest de ce concert réunissant Michel Cloup Duo (Et Patrice Cartier à la batterie), l’actrice Françoise Lebrun (l’actrice de "La Maman et la Putain" également présente sur le dernier album du toulousain, la vidéaste Béatrice Utrilla et Pascal Bouaziz de Mendelson.

Je ne vous rappellerai pas combien ce concert fut beau dans ses mille et un détails, dans la complicité évidente qui émanait de ces gens là. Rappelez-vous de ce report live que je vous avais proposé en ces pages à l’époque.

Pour moi, mon aventure avec ADA a commencé avec mes impressions forcément subjectives sur le retour sur scène de Mendelson à Brest dans le même lieu, La Carène.

Les plus attentifs d’entre vous savent donc l’affection profonde que je peux avoir pour la musique de l’ancien locataire de Lithium.

Dès la première écoute, on sait tout de suite que le ces deux-là étaient fait pour partager une oeuvre ensemble. Amis de longue date, voisins à nouveau de label, on sent bien à l’écoute de ce live qu’on est bien au delà de la réunion d’artistes d’une même écurie.

Oui, bien au delà.

Ici pas de spectacle mortifère mais une morgue sensible. La belle addition de deux forces tranquilles, celles des auteurs des deux albums marquants francophones de 2013 et 2014, un Triple album lucide et éprouvant pour l’un, un second album "solo" magistral pour l’autre.

Belle image que ce combat tranquille et apaisé entre deux frontalités, deux manières de se confronter aux autres, d’appréhender le monde, à la fois centré sur soi et les autres, à la fois dans la vérité d’un concept.

Deux éparpillements dispersés de ce que nous pourrions être, deux volontés voisines comme en cousinage.

Deux éparpillements qui s’alimentent mutuellement, l’un apportant la rage, la nervosité de Slint, l’autre approfondissant toujours plus l’expérimentation des gouffres.

Nos événements ressemblent à cela, rien de flamboyant ni de présomptueux.

Ces moments là fussent-ils infimes nous rendent moins anonymes.

Un disque comme cette captation du Live de Michel Cloup à la Gaieté Lyrique est nécessaire. Il est utile dans son sens le plus noble, c’est le juste hommage à ces souvenirs intenses, à ces moments uniques, à nos événements.

www.michelcloup.com/