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Chez Toolong Records, on ne fait aucune discrimination entre la pop enjouée et le spleen indie-rock, entre l’amour du passé et la volonté de briser certaines frontières, voire certains carcans. Moderne et ambitieux, le label d’Alex Telliez-Moreni conserve en effet une ligne esthétique assez précise (la pop déclinée sous diverses formes ensorceleuses), mais accepte également les cratères, les hors-bords comme les échappées soudaines. Julien Cortes (alias Skyers) condense aujourd’hui toutes les tendances Toolong ; et donc, quelque part, toute la discothèque idéale du label – en néanmoins déformée, pas vraiment à sa bonne place, déviante et malléable.

Ce premier album (du moins sous le nom Skyers) ressemble un peu à un manifeste. Globalement cohérent mais donnant à chaque titre une autonomie affirmée, le travail de Julien Cortes laisse d’abord une impression de résurgences Inrocks / Lenoir / Fevret. L’ambiance tire vers Lou Barlow (plutôt Folk Implosion que Sebadoh), vers le Teenage Fanclub ou le Bob Mould apaisé. Ce qui laisse planer cette idée naïve : si Les Inrocks avaient poursuivi dans le trimestriel ou le mensuel rock, Skyers détiendrait aujourd’hui sa première couve.

Mais Julien Cortes est le genre de mecs à bouffer tous les disques du monde. L’atmosphère indie-rock 90’s s’évapore au gré des écoutes suivantes. Ici, une petite rasade cold wave (“Back”) ; là, une texture rappelant les Feelies (“The Walls”)… Ni pop, ni rock, ni folk, Skyers conjugue ces différents langages selon le précepte After-punk hier rédigé par Yves Adrien. Sauf que : Julien Cortes ni ne s’absente ni ne se désole, il donne au contraire une substance Métawave au rock indé de nos adolescences. Skyers, c’est une distanciation limite brechtienne sur des sonorités pourtant référencées par l’ensemble des natifs 80 / 90. La donne est ainsi faussée et vire à l’identification déviée : Lou Barlow est heureux, Pavement s’applique, Sugar s’inspire de The Cure, Yo La Tengo tutoie les Strokes

Et si, finalement, l’enjeu principal de Toolong Records consistait à offrir un miroir à cette musique que l’on connaît par cœur ? Un miroir déformant : les Beatles auraient pu ressembler à ceci, Pavement à cela, la new wave à autre chose… On vient de découvrir le grand patron des productions Toolong : les Boo Radleys, bien sûr !




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