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Il y a plusieurs façons d’accueillir un disque comme celui de YachtClub. Celle filloniste dans l’air du temps (il a une drôle d’odeur l’air du temps) qui consiste à regarder cette musique avec mépris, voir avec l’envie d’enfermer les compositeurs pour qu’ils ne polluent pas la doctrine des bonnes manières et du catéchisme grégaire. Il y a celle basse du front, pour qui une belle voix doit pouvoir faire trembler les murs grâce à la pureté de l’angle de celle-ci, et une bonne musique doit pouvoir illustrer une des innombrables misères culturelles de la télévision. Et puis il y a la nôtre, celle des sanguinaires assoiffés de nouveautés. Cette frange qui trouve de quoi se rassasier dans les nouveautés principalement dans celles qui peuvent aller chercher l’inconfort sans pour autant tomber dans une forme de n’importe quoi, qui pour le coup ne concerne qu’une autre frange, celle-là des inquiétants snobes à la morgue facile.

YachtClub nous arrive de Tours. Groupe français qui chante en anglais et en Coréen, mais qui envoie des signaux de fumées pour rappeler qu’ils sont bien de chez nous, comme cet épisode radiophonique dans lequel il me semble reconnaitre Jacques Vendroux. L’inspiration du groupe est autant à chercher dans les collages que nous faisions enfant, quand passait entre nos mains un catalogue (objet d’un découpage anarchique) que de la musique de Deerhoof, un Deerhoof qui aurait emmené les Young Marble Giant que scène pour un tour de magie s’inspirant à la fois du déconstructiviste et d’une version sous acide d’un manga.

Le EP est une drôle d’aventure pour celle qui a le rôle de la chanteuse, se faisant chahuter comme un Yacht le ferait dans les 40 éme rugissants. Une drôle d’aventure aussi pour nous qui sommes piégés par ces morceaux cabossés, recousus de partout, mais qui peuvent se targuer d’être affublés d’un adjectif qui pourtant fait presque tache dans le panorama, celui de cohérent. Car si les surprises sont au tournant, elles sont évidentes, non pas téléphonées, mais à bien y regarder tout s’explique, les cassures, les bruits, c’est un joyeux chaos prémédité, comme si en creux le disque avait en lui sa propre ligne de déconstruction. Ce qui bluff, c’est que derrière certains mots à faire fuir les adeptes d’une musique correcte (le mot de plus en plus à la mode) se cache un disque qui est une bouffée d’air frais, une bonne claque aux petites mauvaises odeurs du conformisme actuelle, à la pensée unique de chantons français, à la glandouille mortifère des thuriféraires de la morgue artistique comme unique passeport pour l’adoubement. Perso, je monte dans ce YachtClub pour le chahut, le dépaysement et pour humer à la fois une forme de danger et assurément un grand talent. Tous à la mer.




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