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Le rock psychédélique est ce que la salopette est à la mode actuelle : tendance. On entend quasiment plus que ça, les festivals dédiés aux genres se multiplient et c’est tant mieux, car il y a du très bon. Depuis environ 2010, la grande roue du rock’n’roll, qui tourne en boucle depuis sa création, a marqué un arrêt sur les années 70.

En début d’année*, le label basé à Los Angeles Cleopatra records a sorti a Psych Tribute the Doors, avec la participation de The Black keys, Clinic, The Raveonnettes... Quatorze titres piochés parmi les plus connus du groupe, revisités sauce psyché, un genre que l’on peut attribuer aux Doors (entre autres, le blues, la folk, par exemple, en sont d’autres). C’est plutôt bien vu : cette année est un peu l’année des Doors, alors qu’ un documentaire tourné il y a 46 ans, Feast for Friends, sort en DVD en novembre, et le batteur du groupe, John Densmore, a publié un livre, The Doors, les Portent claquent. Parmi les reprises forcément pleines de fuzz, de synthé, d’orgues, de guitares, il y en a de très inspirées. On pouvait craindre la redite et le coup de nostalgie facile, et puis il fallait assumer son côté groupie (j’ai tellement écouté The Doors au collège que je ne peux presque plus les écouter aujourd’hui).

On attaque avec Elephant Stone, et L.A. Woman, dans la tradition, le respect du groupe et du cahier des charges : c’est psyché, ça traîne sur huit minutes. The Black Angel aussi ont bien suivi la consigne, avec Soul Kitchen, un peu trop proprement. C’est joliment fait. Cela ne déborde d’une créativité folle. Psychic Ills avec Love Me Two Times n’écorchent pas non plus le mythe. tres Warren n’a pas la puissance vocale de Morrison. Dark Horses font de Hello, I love You, un air plus sombre et inquiétant que l’originel, le déconstruisant avec malice, le ralentissant.

Nos chouchous de Camera s’amusent avec People are Strange : un instrumental, bien sûr. C’est une réussite. Dead Meadow enchaîne avec The Crystal Ship langoureux. Sons of Hippie reprennent The Soft Parade de manière un peu plus surprenante, il faut bien le reconnaître. C’est assez moche, à vrai dire. Et donne très envie de revenir au morceau d’origine. Raté ! Heureusement, Dead Skeletons se délecte en jouant Riders on the Storm. Une batterie un peu lourde, de l’écho, c’est à la fois les Doors et le talent des Dead Skeletons qu’on écoute.

Wall of Death, les Français du projet, signent une reprise honnête de Light My Fire, qui précède Clinic et son incroyable Touch Me, aérien et lent. Alors que la version d’origine était quasi pop. On commence, à ce moment-là de l’écoute, à en avoir un peu plein le dos de la langueur psychédélique et des effets sur-appuyés utilisés par les groupes. Pas de chance donc pour Vietman qui reprend Roadhouse Blues et qui en abuse également. Du coup, quand Geri X interprète Love Her Madly, on a quasiment lâché l’affaire, un peu soûlés par les tambourins et les orgues synthétiques. C’est pourtant pas mal fait. On va jusqu’au bout pour le logique The End, joué par The Raveonnettes (qu’on n’attendait pas vraiment sur ce tribute). C’est cosmique à la manière de la musique ds Raveonnettes qui ont l’habitude d’accumuler les nappes sonores.

Au final, on réécoute certains des titres avec plaisir. La promesse du tout psychédélique est tenue, et on le regrette presque, car la multiplication des effets que le genre impose est légèrement écœurante.

*Oui, c’est vrai, c’était il y a longtemps. Une chronique a été écrite à l’époque mais je l’ai perdue. Donc, je la réécris.