> Spéciales



Alors que j’avais besoin de deux mains pour compter le nombre de concerts en une semaine, je peine à l’heure actuelle à dépasser le pouce pour comptabiliser le nombre par année. Plusieurs raisons à cela, la paternité tardive, le manque de temps, la lassitude de se manger des kilomètres pour une soirée musicale en répondant à certaines us et coutumes fatigantes sur la longueur, une envie qui se tarissait.

Hier soir pas mal de mes réticences ne pouvaient que voler en éclats. Le concert se déroulait à 3 kilomètres de mon lieu de résidence. Ma fille de 5 ans équipée d’un casque pouvait nous accompagner, et puis surtout c’était l’occasion de dire merci. Merci de venir sur des terres sinistrées culturellement, où ce genre de concert, dans le cadre du festival Picardie Mouv, reste non pas un évènement mais est une chance.

Un public plutôt âgé, car abonné à la MJC local, je ne vois que cela, et une salle pleine (à 10 euros la place et 3 euros la bière c’est donné), une chouette surprise, se dire que là les choses avanceront probablement plus que via un papier comme celui ci.

En première partie Louis Aguilar et The Crocodile Tears, une découverte (on en reparlera rapidement sur ADA), même pour moi qui croule sous les disques autoproduits. Nous arrivant de Lille dans le Texas, Louis Aguilar et The Crocodile Tears nous offre un set rendant un hommage tout à la fois hilare et talentueux à la musique américaine. Harmonies vocales splendides, chansons que nous fredonnerons tant elles semblent ancrées dans une histoire. Mettant le public dans sa poche entre les morceaux, Louis Aguilar et The Crocodile Tears Parviendra même à vendre son disque à une octogénaire ravie d’avoir assisté à une prestation qui pourrait lui rappeler des amours anciens en écoutant Johnny Cash sur les remparts de Crepy.

Les remparts, Mermonte va les fissurer. Dés les premières notes je me suis dit, là cela va être musique « difficile » pour un auditoire pas habitué à ces escapades sonores. Des sourires et des embardés plus tard le public était dans la poche de ces poètes funambules, récitant une partition sur le fil d’un rasoir que l’on voit roder sans jamais couper le fil. Le collectif (employé ici au sens d’équipe) parvient à faire oublier la performance pour nous emmener loin, quitte à nous désorienter avec ses fausses fins ses changements de rythme (impressionnante complicité joyeuse des deux batteurs au devant de la scène). La puissance qui se dégage des morceaux est contrebalancée par la myriade de petits instruments de notes de xylophone qui feront le bonheur de ma fille, les yeux brillants de bonheur. Car égoïstement ce concert je le voyais dans les yeux de ma fille, son premier après un ciné concert de La Terre Tremble. Ces yeux, et sa bouche rieuse comme jamais, me prononçant des mots qui en disent long tant elle peut être avare quand il s’agit de mettre des mots sur le bonheur « papa c’est super ».

En un mot, revenez chez nous, l’air que vous amenez est quelque part vital. Merci